Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 00:00

Cou-u-boot.jpgOcéan Atlantique, mars 1945 : un sous-marin allemand se dirigeant vers l’Amérique du Sud transporte à son bord un colis, indésirable mais imposé par Berlin. Et un certain Himmel, haut gradé de la Gestapo. Depuis plusieurs jours, des incidents techniques perturbent le quotidien des rudes marins. Pire, ils donnent tous bientôt libre cours à leurs instincts les plus meurtriers et commencent à s’entretuer, sans raison apparente. Le capitaine décide d’ouvrir les coffres d’Himmel dans lesquels il trouve du matériel médical, des fœtus, et un livret militaire qui révèle la véritable identité du voyageur indésirable…

Amazonie, mai 1951 : une expédition britannique tombe sur la carcasse d’un sous-marin allemand réputé hanté par les populations locales. L’un des membres de l’expédition décide d’explorer le sous-marin (et s’il cachait l’or des nazis ?) et y découvre un homme : un simple matelot, un brave soldat ?

Venise, juin 2059 : un étudiant et son professeur se font assassiner par une tueuse pulpeuse. Ils travaillaient à une thèse sur le monde de l’économie et des finances. Le commissaire Fiorentina enquête, demandant conseil auprès de son beau-frère, consultant en bourse, qui ne tarde pas à être lui aussi la cible de la tueuse à gages. 

 

C’est dans le second (et dernier) tome que le lecteur fait le lien entre ces trois époques, même si dès le début on comprend qu’il est  question de la survie et de la reconversion des hauts dirigeants nazis. Il s'agit ici du docteur Mengel (je ne dévoile rien, c’est le titre du premier tome), dont le machiavélisme et la folie sont propres à inspirer bien des auteurs.

Jean-Yves Delitte choisit le mode du suspens, délivrant les informations au compte-goutte, le mystère étant total à la fin du premier tome : quel lien y a-t-il entre les meurtres à Venise en 2059 et cet infâme Mengel ? Le scénario tient donc le lecteur en haleine, mêlant histoire, intrigue policière et science-fiction (très soft). L’élément humain n’est pas absent, même si un peu surgi de nulle part à la fin. J’ai préféré le premier volume avec les scènes de folie meurtrière et d’extrême tension dans cet endroit clos qu’est le sous-marin.  C’est aussi dans la thématique maritime que le graphisme est le plus riche et le plus minutieux.

 

U-Boot, Jean-Yves Delitte, série en 2 volumes, 12 bis, 2011, 13.50€ pièce 

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 08:00

 

Mourlevat-2.jpgAnne, dix-sept ans, fait du stop au bord de la route, non loin de Saint-Etienne. Etienne, un peu plus de soixante-dix printemps, la fait monter. La conversation s’engage très facilement, la jeune fille confiant au vieux monsieur, écrivain dépressif, qu’elle cherche sa sœur Gabrielle, disparue depuis un an au lendemain de son mariage. Le scénario se produit une seconde fois. Quand il reviendra sur place, cherchant à savoir vers où Anne se dirigeait, Etienne ne trouvera plus le panneau de signalisation indiquant « Campagne : 3.5 km ». D’ailleurs, tout bien réfléchi, il n’a jamais entendu parler de cette commune…

Etienne et Anne se rejoindront dans ce lieu accessible à quelques humains, uniquement ceux qui y sont appelés ou capturés. Etienne a été appelé par Anne, Anne par sa sœur qui elle est retenue prisonnière. Car comme l’avait pressenti Anne, le fiancé de Gabrielle n’était pas un homme comme les autres, mais un homme de main venu l’arracher aux siens pour qu’elle vive recluse dans le harem de quelques dirigeants de… de quelle ville au fait, de quel lieu ? On ne saura jamais vraiment où se trouve l’Hôtel Légende, sur une autre planète ou dans un monde parallèle au nôtre. C’est ailleurs et ceux qui y vivent regardent les humains comme des extraterrestres… A l’inverse, Anne (et donc nous, humains), les trouve froids, indifférents, dénués de toutes passions.

Qu’est-ce qui fait l’essence de l’être humain ? Beaucoup de philosophes se  sont interrogé sur le sujet, que Mourlevat rend abordable.  Au-delà de nos capacités intellectuelles (la conscience, le langage) et physiques (la préhension, la bipédie), il y a l’émotion, l’amour, le désir de liberté, l’empathie, et le rire bien sûr… Dans le monde aseptisé que décrit Mourlevat, il n’y a rien que des corps qui se meuvent et exécutent, des enveloppes charnelles quasi vides qui n’ont d’humain que l’apparence.  Monde glacé mais cohérent, créé par un Mourlevat qui n’est pas avare de personnages (je suis comme ça, j’aime quand certains meurent en route) et ne transforme pas en niaiserie une histoire d’amour adolescente.

 

De Jean-Claude Mourlevat sur ce blog : Le combat d’hiver

 

Terrienne, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse (2011), 395 pages, 16€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Jeunesse
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 00:00

 

Fforde-6.JPGJennifer Strange n’a pas encore quinze ans et elle doit s’occuper d’une des dernières agences de magiciens (oups, on dit «maîtres en Arts Mystiques») encore en activité, Kazam. Leurs pouvoirs diminués leur permettent encore de réparer les canalisations sans tout démonter, de chasser en une seule fois toute les taupes d’un jardin, de faire livrer des organes par tapis volant, mais guère plus. Alors Kazam périclite doucement et Jennifer a bien du mal à payer les factures, elle qui n’est que directrice suppléante, en tant qu’enfant trouvée. Où est parti M. Zambini et quand reviendra-t-il ?

Et comme si elle n’en avait pas assez avec tous ces soucis quotidiens, voilà qu’un mage prédit la mort d’ici à quatre jours du dernier dragon encore en activité. Depuis des centaines d’années, il vit sur le territoire de sa Dragonie mais au moment même de sa mort, ces centaines de mètres carrés magiquement inaccessibles deviendront libres de tout propriétaire. La nouvelle court comme une trainée de poudre, c’est la ruée puis le sitting autour de la Dragonie : chacun attend avidement de pouvoir s’emparer gratuitement d’une concession. Mais il faut pour ça que meure le dragon. Et voilà que Jennifer apprend qu’elle est celle qui va devoir tuer le dragon Maltcassion armée de son épée Exhorbitus (elle a coûté cher…). Là n’est malheureusement pas le seul péril car le plus dangereux est certainement d’affronter l’avidité de Snodd IV, roi en exercice du pays de Galles libre dans les Royaumes Désunis.

A l’inverse de ce qu’annoncent le titre et la quatrième de couverture, Jennifer n’est pas dès le début tueuse de dragons. On la voit d’abord aux prises avec le quotidien de son agence, la mauvaise humeur ou la naïveté des magiciens et les difficultés financières. Elle se démène pour leur trouver du travail dans un pays de Galles moderne, c’est-à-dire touché par la crise. Le contexte est familier au lecteur, quelques bizarreries par-ci par-là dessinant un univers décalé dans lequel les animaux de compagnie ressemblent à des quarks (ils sont redoutables et très craints…). Le comique nait de situations cocasses (les bas travaux que doivent accomplir les magiciens), mais aussi d’un ton franchement parodique : Jasper Fforde prend le contre-pied de bien des scènes traditionnelles de romans de fantasy. A Jennifer qui demande à son mentor comment elle va devenir apprentie, celui-ci répond :

« En général, il faut dix ans d’études, de dévouement, de lectures attentives et l’acquisition d’une appréhension spirituelle de soi digne de la fonction, mais, comme nous sommes un peu pressés, je peux te proposer le cours accéléré.

-          Qui prend combien de temps ?

-          Environ une minute. Pose la main sur ce livre. »

Jasper Fforde nous épargne ainsi le récit de longues années de formation que par ailleurs, on a déjà lu cent fois.

C’est léger, drôle et irrévérencieux. Pas aussi inoubliable que la série des Thursday Next, mais tout à fait recommandable.

 

De Jasper Fforde sur ce blog : L'affaire Jane Eyre - Délivrez-moi ! -  Le puits des histoires perdues - Sauvez Hamlet ! - Le début de la fin

 

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons (2010), Jasper Fforde traduit de l’anglais par Michel Pagel, Fleuve Noir (Territoires), juin 2011, 294 pages, 15.90€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Jeunesse
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 00:00

 

Soil-6.jpgCoeur.gifQuelque part aux Etats-Unis, il y a une ville étrange appelée Twin Peaks. Quelque part au Japon, il y en a une, au moins aussi bizarre, elle s’appelle Soil Newtown. Newtown, parce que c’est une ville nouvelle, une ville dortoir créée pour désengorger les grands centres. A priori, Soil a l’air d’une ville bien proprette, bien rangée, avec  ses clubs pour dames, ses habitants souriants et ses fleurs, que de belles fleurs ! La famille Suzushiro est le symbole même de la ville : toujours souriants (absolument toujours), polis, généreux… Sauf que la jeune Mizuki a tendance à s’endormir n’importe où, n’importe quand, même dans la rue. Et que la maison familiale est régulièrement la cible de déchets immondes et de graffiti insultants. Aussitôt nettoyés pour laisser place au sourire de la famille Suzushiro.

Le premier tome s’ouvre sur une enquête policière : tous les membres de la famille Suzushiro ont disparu, sans laisser la moindre trace. Au milieu de leur salon, une colonne de sel. La nuit de leur disparition, l’électricité a été coupée pendant plusieurs heures. Et un tas de sel immense est apparu dans la cour du collège, de même nature que celui de la maison des Suzushiro, mais d’origine inconnue. Sur place, Onada, lieutenant de police et le capitaine Yokoi, son supérieur. Ils sont chargés d’enquêter sur la disparition. Mais depuis cet événement, bien des choses étranges surviennent à Soil : un jeune adolescent, Kento Miyahara, disparaît lui aussi (le lecteur sait qu’il se cache dans un bâtiment désaffecté à la périphérie de la ville, réputé hanté) et plus tard, une jeune fille se fait battre et violée. On a jamais vu ça à Soil, quelque chose se détraque, de l’avis même du délégué des habitants, qui est aussi dentiste, chargé du bon fonctionnement de la ville, de son harmonie.

Alors oui, quelque chose se passe à Soil, qui va nous permettre de découvrir le vrai visage du délégué, puis d’autres personnages se dévoilent, acquérant peu à peu un rôle important : la psychologue scolaire à laquelle Kento s’est confié, la mère de Kento qui cache quelque chose, Tokita, le professeur de sciences remplaçant qui porte un masque et a le corps tatoué… L’étrange s’installe très lentement jusqu’à une avalanche de faits inexplicables au début du tome 4 : des pigeons morts partout dans les rues, le sol de la cour du collège criblé de trous, des montagnes de terre obstruant les rues et des chaussures pendues aux fils électriques. Plus tard encore, les fleurs se mettent à pousser de façon anarchique. Mais le pire reste à venir, Onada le découvrira de la bouche d’un ancien policier : il y a plus de cinquante ans, toute la population de Soil, qui n’était alors qu’un village, a été massacrée au sabre par un homme aux yeux bandés recueilli par les habitants peu de temps auparavant ; il prétendait venir d’ailleurs. L’enquête sur ce massacre a déjà rendu fou un inspecteur porté disparu depuis lors.

Soil-2.png

Mais « Soil », ce n’est pas seulement cette ambiance bizarre, ce sont surtout des personnages incroyables, du rarement vu pour moi. D’abord le capitaine Yokoi, qui porte moumoute, est tout simplement immonde : misogyne, vulgaire, il se met les doigts dans le nez, se renifle les dessous de bras et se gratte sans cesse les couilles en public (ça lui permet de mieux se concentrer !). Il frappe sa jeune collègue à tout bout de champ et n’a pas de mots assez durs pour la rabaisser, lui faire honte, lui rappeler sa condition de femme (et donc, d’inutile…). On le croit tout d’un bloc, infect par nature, mais au fil des tomes, on comprend que son passé n’est pas clair et qu’il a été jadis rétrogradé. La jeune Onada se caractérise par sa laideur, on l’appelle « le thon » ou « la mocheté ». Elle essaie de tenir tête à son supérieur mais Soil-1.jpgne semble pas intellectuellement armée pour ça. Mais elle est obstinée et s’accroche à cette enquête malgré son supérieur qui la juge trop complexe pour s’y intéresser et malgré le temps qui passe sans indices et sans nouvelles de la famille Suzuchiro.
Tous deux forment un couple complètement hors normes d’enquêteurs qui donnent à rire tellement ils sont ridicules. Ils sont en complet décalage avec l’intrigue qui elle, n’est pas drôle du tout, elle s’enfonce même dans le sinistre : un pédophile, une bande d’adolescents qui en passent d’autres à tabac, Kento qui se mutile… Et des réunions d’enfants masqués : qui sont-ils, à qui obéissent-ils ?

Le vrai visage de Soil épouvante le lecteur qui ne peut pourtant s’empêcher de rire quand le jeune prof est victime d’une attaque de thé bouillant menée par les deux gosses du club d’étude des phénomènes paranormaux qui le prennent pour un extraterrestre… Et c’est la grande force de cette série : le mélange du grotesque, aussi bien dans les situations que dans les personnages, et du terriblement angoissant.

 

Parution du tome 7 aujourd’hui, 19 janvier 2012. 11 volumes en tout chez Ankama.

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 13:00

Ávalos BlachaAmateurs d'histoires loufoques, ce livre est pour vous. Et si vous aimez les zombies, c'est encore mieux, car il y en a dans cette histoire, une pour commencer, puis un peu plus...

Quatre amies se promènent dans les bois, pas toutes fraîches les amies, mais toutes veuves et ravies de l'être. En chemin elles rencontrent, non pas quatre et jeunes beaux garçons, mais Trash, zombie endormie et dévêtue. N'écoutant que leur bon cœur, elles ramènent Trash à l'appartement qu'elles partagent. Elles ne savent pas encore que rien ne serait plus comme avant, vraiment plus.  

Dora, propriétaire de l'appartement, rencontre et séduit Francisco Saavedra, ancien maire passé maître dans l'art de la corruption, aussi riche que craint de la population. Et voilà que la fortune monte à la tête de cette femme extrêmement commune, limite vulgaire, qui va pouvoir donner libre cours à ses caprices, en commençant par dédaigner voire dénigrer ses amies.

Mais l'heure a de toute façon sonné pour chacune, Susana trouve par exemple enfin le courage de tuer le fantôme de son mari, qui la poursuit de ses sarcasmes, à la faveur d'une incarnation frauduleuse. En clair, elle tue un jeune homme qui essaie de profiter de sa naïveté, ramène le cadavre à l'appartement, qui fait aussitôt les délices de Trash.
Inutile cependant de chercher à résumer ce roman qui bien qu'il soit court, part dans de multiples directions, toutes aussi délirantes et grotesques les unes que les autres. Parce que Saavedra est poursuivi par le fantôme de sa femme morte, qui n'est pas vraiment morte, parce que Milka veut saccager l'appartement et se couler dans un bloc de ciment, parce qu'une jeune handicapée sadique a trouvé le moyen de se venger de la ville et de ses habitants, parce que Noé Galíndez construit une arche pour le grand jour qui approche...

C'est n'importe quoi, oui, mais c'est drôle et au passage très critique sur la société argentine, celle des nantis et des nouveaux riches, si prompts à oublier leur misère passée. Le carnage final englouti quasi tout le monde, comme s'il n'y a avait décidément rien à sauver dans cette société individualiste et ridicule, qui cultive les apparences.

 

Berazachussetts, Leandro Ávalos Blacha traduit de l’espagnol (argentin) par Hélène Serrano, Asphalte, novembre 2011, 185 pages, 16€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 10:00

 

Robinson.jpg Ce roman est contemporain du cycle Hypérion de Dan Simmons et de celui d’un autre Robinson, Mars. Des références qui nous plongent dans le meilleurs du space opera des années 90, dans l’exploration spatiale et les conflits en vase clos aux dimensions pourtant galactiques.

Moineau, jeune assistant tech de dix-sept ans, se réveille après un accident : alors qu’il explorait la planète Sethi IV, hostile et stérile, il a dévissé d’une falaise. Grièvement blessé, il se remet lentement de ses blessures mais a perdu la mémoire. Son amnésie permet au lecteur de découvrir en même temps que lui son entourage : il se trouve à bord de l’Astron, vaisseau qui depuis deux mille ans sillonne l’espace en quête de vie. Á sa tête depuis toujours, l’immortel capitaine Kusaka et à bord, environ trois cents hommes et femmes. Pour la plupart, ils ont perdu l’espoir de trouver un jour une forme de vie quelconque. Depuis deux mille ans, des générations et des générations se sont succédées, explorant l’univers, débarquant sur des centaines de planètes : en vain. Seule la motivation du capitaine semble ne pas faiblir. Il veut d’ailleurs que l’Astron traverse une zone de ténèbres absolues, dont jamais le vaisseau ne reviendra, car il est certain qu’au-delà, il y a la vie. Mais l’Astron vieillit, certaines pièces sont usagées, comme en témoigne cette corde responsable de l’accident de Moineau. Ce dernier comprend bientôt que certains astros fomentent une mutinerie : ils ne croient plus en de possibles formes de vie dans l’univers et souhaitent que le vaisseau reprenne le chemin de la Terre, non pour eux-mêmes car le chemin est trop long, mais pour leurs descendants. Or, le vaisseau est programmé pour que seul le Capitaine puisse le diriger.
Peu à peu, les souvenirs reviennent à Moineau qui à force de questions et de recherches finit par comprendre qui il est réellement, bien plus qu’un simple technicien, et quel rôle il peut jouer sur le vaisseau.

« Fresque spatiale écrite comme un thriller » vante la quatrième de couverture et oui, les deux éléments sont bien là et ceux qui ne seraient pas adeptes du space opera pourront se contenter du thriller sans être submergés de données scientifiques. Car ce qui fait suspens ici court sur deux sujets : la réussite de la mutinerie et l’identité de Moineau. Frank M. Robinson utilise un ressort classique pour pénétrer les pensées de son héros et pour qu’il soit aussi novice que le lecteur, mais cette amnésie cache des souvenirs vraiment vertigineux.
Les relations sociales à l’intérieur de ce microcosme sont terriblement tendues, les intérêts personnels prenant parfois le pas sur la cause. Le Capitaine est par contre aussi déterminé qu’au premier jour : il sondera l’espace et ira de l’avant tant qu’il vivra, et il a déjà deux mille ans… La science est affaire de foi, et lui croit en l’existence de vie extraterrestre. Comme toutes les croyances, celle-ci a ses intégristes qui deviennent meurtriers sous couvert de justice quand ils ont le pouvoir.
Il y a donc plus que de la science dans ce space opera, c’est d’ailleurs comme ça que je les aime, quand au final c’est l’humain le principal moteur de tous ces beaux vaisseaux.

Je ne dirai rien de la fin, sauf qu’elle m’a ravie car elle est ironique et drôle.

 

Les billets de Cachou et Henri.

 

Destination ténèbres (1991), Frank M. Robinson traduit de l'anglais (américain) par Jean-Daniel Brèque, Denoël (Lunes d'encre), mai 2011, 484 pages, 24€ 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 11:00

Doctor-Who.jpg Le label Milady, de chez Bragelonne, réorganise ses publications pour plus de clarté éditoriale. Voici en partie  ce qu'annonce le blog :

Jusqu'à présent, il y avait deux entités : Milady tout court et Milady Graphics. Si la seconde va continuer son petit bonhomme de chemin au pays des comics et autres artbooks, la première va évoluer en trois segments précis :

  1. Milady Imaginaire, tout d'abord, réunit tous les romans de Fantasy, SF et Terreur. Drenaï, Sorceleur, Vampire Story ou encore la saga du Commonwealth. C'est aussi dans cette collection qu'on trouvera, les romans sous licence comme la série  Dungeons & Dragons, et dès le 20 janvier 2012, la  série Doctor Who (ce sont des "ouvrages officiels proposant une histoire originale qui s'inscrit dans la chronologie de la série" et qui n'ont donc pas fait l'objet d'un épisode télé). Pour coller avec l'actualité, les livres prévus cette année dévoileront des aventures du onzième et actuel Docteur (interprété à l'écran par Matt Smith). Il sera ainsi accompagné d'Amy (Karen Gillan) et parfois de Rory (Arthur Darvill).  
  2. Milady bit-lit  réunit toute la production bit-lit, les titres tendant vers la chick-lit et la romance paranormale compris.

Le 3e segment a été annoncé dans une interview à Livres Hebdo par Alain Nevant : "La bit-lit a changé énormément de choses pour nous, car elle nous a permis de rencontrer une autre partie de notre lectorat d'imaginaire. On s'est dit : "Pourquoi pas aller le chercher un peu plus loin ?" Aujourd'hui le ciel est notre limite ! Voilà pourquoi nous allons nous ouvrir à d'autres genres, notamment à la comédie romantique. Exactement ce qu'on trouve en bit-lit, mais avec moins de dents. On lancera d'ailleurs en mai 2012 une collection poche intitulée "Milady Romance""

 

On aura donc d'un côté les titres tendant vers la chick-lit et de l'autre la comédie romantique sans les dents... Quand on sait, par exemple, que la collection "Aventures et passions" qui fête ses vingt ans revendique vingt millions de livres vendus pour huit cents titres à son catalogue, on se dit que c'est un bon filon.

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : News
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 10:00

 

Roth-V.jpgDans la société imaginée par Veronica Roth, la vie s’articule autour de cinq factions : les Altruistes, les Audacieux, les Sincères, les Erudits et les Fraternels. Chaque citoyen rentre forcément dans une case. Sauf que…
Alors qu’elle atteint l’âge de seize ans, Beatrice, la narratrice, doit subir un test qui déterminera vers quelle faction elle s’oriente, quel est son caractère dominant. Or, aucun ne domine et l’examen lui révèle qu’elle fait partie des Divergents. Beatrice ne doit en parler à personne, pas même à ses parents, l’examinatrice se chargeant de falsifier les tests. En effet, être Divergent est pire que d’être sans faction, et conduit directement à l’élimination. Alors qu’elle ne s’était pas décidée, la jeune fille est encore plus perturbée quant au choix qu’elle va devoir faire : Altruiste comme ses parents ? Elle ne se sent pas capable d’être aussi aimable, disponible et ouverte aux autres que ses parents ou son frère Caleb. Mais quand le jour de la cérémonie, celui-ci choisit, à la surprise de tous, les Erudits, Beatrice opte pour les Audacieux, ces jeunes gens qui ont l’air de n’avoir peur de rien.

C’est alors que commence une initiation bien plus difficile qu’elle ne l’imaginait. Les rivalités entre natifs Audacieux et transferts d’autres factions sont sensibles et les instructeurs sans pitié : c’est marche ou crève. Or, si à l’issue de l’initiation quelqu’un n’est pas accepté dans la faction de son choix, il devient un sans-faction, un rebus de la société qui vit à l’écart de tout grâce à la générosité des Altruistes. Beatrice, devenue Tris, petite et frêle, va devoir s’accrocher pour s’en sortir et garder cachée son identité de Divergent. Mais un des instructeurs, Quatre, a deviné sa vraie nature : ami ou ennemi ? Divergent lui aussi ?
Tris va également être amenée à découvrir un terrible complot : certains Erudits semblent déterminés à jeter l’opprobre sur les Altruistes (la seule faction au gouvernement), en particulier en faisant circuler des mensonges sur le père de la jeune fille. Grâce à certains sérums de simulation utilisés à l’origine pour inciter les Audacieux à affronter leurs peurs les plus intimes, les Erudits développent des sérums de manipulation psychologique capables de soulever une armée…

Trois éléments essentiels dans ce roman : dystopie, initiation, amour. La jeune fille vit sans en avoir conscience dans une société répressive où la liberté n’existe pas. Comme dans bien d’autres romans du genre, on devine que ce régime autoritaire s’est mis en place suite à l’effondrement de la société telle que nous la connaissons. Alors que l’initiation qu’elle doit subir lui semble naturelle, elle est pour nous terriblement contraignante et surtout injuste. Elle permet à Beatrice de mieux se connaître, de s’affirmer et de prendre des décisions qui auront de graves conséquences. Enfin, elle découvre l’amour, élément incontournable dans un roman américain / young adults / contemporain, me semble-t-il. Pas de roman grands ados, anglo-saxon (les Français suivent, fatalement), gros marketing sans romance, c’est aujourd’hui incontournable.

Ce titre-là est plutôt réussi dans son genre, parce que l’enjeu dépasse la seule intrigue amoureuse et même le destin personnel de l’héroïne : le complot des Erudits va toucher toutes les factions et donc faire trembler les fondements de la société. Autre point positif : l’auteur n’édulcore pas la violence, certaines scènes sont vraiment très dures (les combats, le suicide d’un personnage…). Globalement, ce roman est moins romantique et plus réaliste que ses clones les autres romans dystopiques ou post-apocalyptiques du moment.

C’est un tome 1, le deuxième vaudra peut-être aussi la peine.

 

Divergent (2011), Veronica Roth traduite de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Delcourt, Nathan (Blast), octobre 2011, 444 pages, 15.90€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Jeunesse
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 00:00

 

Marion.jpgOn a eu pléthore de romances vampiriques, pourquoi ne pas essayer le filon zombiesque ? Dans sa version masculine de surcroît, ce qui permet un peu moins de nunucherie, c’est salutaire.

R., le héros narrateur de ce roman en un seul volume (autre avantage) est donc un zombie plutôt frais, entendez par là présentable et donc susceptible de ne pas effrayer les jeunes filles bien vivantes. Il n’en dévore pas moins les humains, dont Perry, le petit ami de Julie. Si belle Julie, si vivante, que R. décide de la sauver en la cachant puis en l’aidant à rentrer chez elle, c’est-à-dire dans le stade là où les êtres vivants se sont retranchés. Car il s’est passé quelque chose, une mystérieuse épidémie contraint les morts à ne pas vraiment mourir et à revenir en zombie pour tuer les autres vivants. Une épidémie zombiesque ? Mutation due aux dérèglements planétaires ? Quoi qu’il en soit, l’humanité en pâtit grandement et la catastrophe semble profiter à de néfastes squelettes ambulants.
Mais il semblerait aussi que quelque chose d’anormal arrive à R. après qu’il a dévoré Perry : il voit des épisodes de sa vie et bientôt, le jeune humain lui parle. La mutation serait-elle réversible ? Engendrerait-elle des conséquences encore inconnues ? Ou bien, ou bien… serait-ce l’amouuuuuur qui montrerait à R. le chemin d’une nouvelle humanité ? Car vraiment, pour un zombie, R. est vraiment très propre sur lui, genre fils de bonne famille. Il ne ressemble donc en rien aux affreux cadavres qui d’habitude se jettent sur leurs proies sans la moindre arrière-pensée. Non, l’originalité du livre d’Isaac Marion est de plonger le lecteur dans les pensées d’un zombie, qui pense justement beaucoup.

Quelques scènes bien gore sont assez réjouissantes, avec éclatements de têtes et dégustations de cervelles, mais dans l’ensemble, j’ai regretté le manque d’humour. Il y avait moyen de faire bien plus drôle, mais l’auteur a privilégié la romance, même si par ailleurs, il nous offre quelques réflexions sur le devenir de l’humanité. La question centrale tourne bien sûr autour de la véritable humanité : qui est le plus humain du mort qui aime ou du père qui renie sa fille ?

Au final, ce n’est quand même que quand il bande que R. sait vraiment qu’il est à nouveau sur la voie de l’humanisation… les hommes ne changeront jamais, c’est désespérant…

 

Vivants (2011), Isaac Marion traduit de l’anglais (américain) par Benoît Domis, Bragelonne, novembre 2011, 317 pages, 17€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 09:00

hideout.jpgDans sa postface, l’auteur témoigne de sa passion pour Stephen King. Sans la lire, l’hommage au maître est évident, tant dans le registre de l’horreur que dans celui du suspens. La maîtrise de Masasumi Kakizaki est évidente sans pourtant qu'il sorte des sentiers battus.

Seiichi Kirishima, le narrateur, est écrivain. Depuis la mort de leur fils Jun, rien ne va  plus entre lui et sa femme Miki. Pour tenter de recoller les morceaux, ils partent en voyage sur une île qui a tout du paradis : la plage, le soleil, le calme… Mais alors qu’ils s’aventurent dans la montagne à la recherche d’une cascade, leur voiture tombe en panne. En fait, c’est surtout Seiichi qui prétexte une panne d’essence pour entrainer sa femme dans la forêt, armé d’une grosse clef à molette. Car Seiichi en a plus qu’assez des récriminations de Miki qui l’accuse de la mort de leur fils et le traite comme un chien. Bientôt, il la frappe et tente de la tuer mais elle parvient à s’échapper et à entrer dans une grotte. Très sombre la grotte, pleine de bruits, d’ombres, et même de cellules avec des gens enfermés dedans depuis tellement longtemps qu’ils ne sont pas beaux à voir…

hideout 1 

L'enfer commence pour Seiichi, qui ne va pas trouver la sortie rapidement, on s'en doute...

Rien d’original dans ce one shot mais tout est parfaitement maîtrisé. Quelques judicieux flash-back nous apprennent comment Seiichi en est venu à une telle rage et ce qui est arrivé à son fils. Ils permettent de comprendre son sentiment de culpabilité, sa déchéance sociale et surtout sa haine envers sa femme.  Excellente construction narrative, donc. Mais aussi un graphisme soigné, très sombre, jouant sur les contrastes, le surgissement, l’entre-aperçu dans la constante pénombre. Des êtres apparaissent, disparaissent, des créatures humaines ou qui le furent mais que sont-elles désormais… ?
Il y a pas mal de sang mais l'auteur aurait pu faire pire, donner dans la surenchère et donc tout gâcher. Le dosage d'hémoglobine, de suspens et d'émotion est parfait.

Très bonne qualité aussi du manga lui-même avec une couverture épaisse, d'aspect sépia et des premières pages en couleur qui annoncent la violence et donnent immédiatement envie au lecteur de savoir comment le personnage en est arrivé là (ligoté nu et ensanglanté dans un réduis très sombre, suppliant qu'on l'épargne).

 

Inévitable pour les amateurs d'horreur et de suspens. 

 

 


Hideout (2010), Masasumi Kakizaki traduit du japonais par Ryoko Akiyama, Ki-oon, octobre 2011, non paginé, 7.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
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