Quantcast

avatar-blog160 Bienvenue dans Mes Imaginaires, les chroniques littéraires de Sandrine Brugot Maillard depuis janvier 2004. Chroniqueuse littéraire, formatrice et membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire, je ne traite ici que de littératures de l'Imaginaire.

Bibliothécaire en disponibilité, je suis aujourd'hui formatrice et animatrice de débats, tout genre littéraire confondu.

Lundi 17 juin 2013 1 17 /06 /Juin /2013 11:00

Ys-couv.jpgLe roi Gradlon a quitté la Bretagne avec de nombreux navires. Alors qu’ils sont à court de vivres, ils aperçoivent enfin les côtes d’une île habitée, entourée de brume. Qui ressemble étrangement à celle qui hante les rêves de Gradlon, avec son imprenable citadelle, sa mystérieuse poterne pour laquelle tant de ses hommes sont morts, en rêve. Et voilà que jour après jour, ces mêmes guerriers se ruent à l’assaut et meurent les uns après les autres, et ce n’est plus un rêve. Gradlon s’obstine mais ses hommes renoncent, l’abandonnant sur cette île. Seul.

C’est alors que la reine Magdalen lui ouvre la petite poterne et le fait pénétrer dans la ville mystérieusement plongée dans le sommeil. Sous le charme envoutant de la belle jeune femme, il accède à sa demande et tue le roi son mari. Aussitôt, les deux amants fuient l’île à bord d’un vaisseau pour un voyage de plusieurs mois. Gradlon se remémore son crime mais le charme de Magdalen le lui font oublier, d’autant plus qu’elle tombe enceinte et qu’une île apparait enfin au loin. C’est sur cette île que naîtra la princesse Dahut, dont Gradlon devra s’occuper seul, après la disparition subite de Magdalen et de ses suivantes.

Ys-planche-2.jpgRodolphe au scénario a choisi de retracer la légende de la ville d’Ys depuis ses origines premières, avant même la naissance de la princesse Dahut qui demanda à son père de la construire. Le scénariste s’est servi des versions les plus récentes du mythe pour donner une ascendante féérique à la princesse Dahut. Sa mère, Magdalen, apparait ici comme une très belle femme maléfique et sensuelle, une sorcière.

Dès lors, la narration offre une version intégrale de la légende, magnifiée par le dessin de Raquel Alzate, dessinatrice espagnole que je découvre ici (déjà illustratrice de La Croix du Sud, avec Luis Duràn au scénario, autre bédéiste espagnol), qui manie très bien la brume et le clair-obscur. Son trait sombre sert aussi bien les scènes maritimes que les scènes de combat, les cotes sauvages et les scènes intimes. Car ce premier album de la série joue sur de nombreux registres : batailles, océan, intimité, forêts…

Ys-planche-1.jpg

Le roi Gradlon incarne à lui seul toute la démesure de l’homme assoiffé de victoires et de sang, soumis à l’amour d’une reine, amant endeuillé et père désemparé, enfin simple mortel guetté par la folie.

Le scénario de Rodolphe permet de relire cette célèbre légende sur un mode plus humain. En plaçant au centre de ce premier tome un Gradlon manipulé, désemparé, qui ne comprend pas qu’il est le jouet de forces mystérieuses (dont on ne sait d’ailleurs rien), le scénariste lui confère une faiblesse qui le rend attachant. Un roi guerrier oui, mais aussi un homme et bientôt un père. Le tout dans une ambiance onirique très bienvenue.

Mots-clés : Espagne - mythologie celtique

De Rodolphe sur ce blog : Sprague

 

La ville d’Ys – 1 : la folie Gradlon, Rodolphe (scénario) et Raquel Alzate (dessin), Dargaud, juin 2013, 48 pages, 13.99€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 15:00

 

Elfes-2-couv.jpgYfass, elfe des bois ramène Llali  au sein de son clan. Au cours d’un affrontement avec les orks, cette femme lui a sauvé la vie grâce à un don qu’elle ignorait détenir : elle est entrée en communion avec l’esprit de la dame et la magie des anciens blancs, un savoir jadis commun aux elfes et aux hommes (les feljs). Mais les druides sont morts, les hommes ont proliféré, détruisant les forêts au détriment des elfes. Les deux races sont désormais ennemies. Yfass pense que Llali peut devenir druidesse, bien que toutes les lois s’y opposent. Llali, venue chercher l’aide des elfes pour son peuple accepte de recevoir cet enseignement, pour le bien de tous.

Pendant qu’Yfass conduit la jeune humaine auprès des sages de la forêt de Daëdenn, la cité-état d’Eysine est assiégée par les orks mercenaires, le roi ne trouvant aucun partisan car les cités de l’archipel se sont alliées contre lui pour mettre la main sur le détroit du croc. Le roi ne peut compter que sur sa fille Llali qui essaie de persuader Ydrass d’entrer en guerre contre les cités-états de l’archipel qui ne pensent qu’au profit sans respecter les traditions anciennes ni les lois de la forêt.


« Il est dans la nature des hommes de vouloir posséder. »


Les elfes des bois doivent se protéger des hommes, de leur cupidité, de la destruction qu’ils sèment. Mais se dessine peu à peu un autre discours, loin des haines ancestrales, par delà les mensonges : celui de l’alliance entre hommes et elfes, sur fond d’écologie.

Aux couleurs sombres des cités-états s’opposent celles, lumineuses, des forêts elfiques. C’est sur un château en ruine que se lève enfin le soleil pour unir les deux univers.  Nicolas Jarry écrit une fable sur la tolérance et l’union, contre les esprits partisans et le racisme. Pour autant, la mise en forme est loin d’être naïve et s’appuie au départ sur une alternance de récits, brillamment mis en case pour ne pas gêner la compréhension. Il est beaucoup question de guerres, d’alliances, d’intérêts et de savoir anciens, toutes choses explicitées dans des passages denses qui font la complexité et la richesse de cet opus.

Elfes-2-planche-2.jpg

L’honneur des Elfes sylvains, c’est aussi une belle mise en scène de l’héroïsme, du courage et de l’esprit de sacrifice. Llali et Yfass sont deux beaux personnages portés par leurs idéaux mais pas pour autant bornés. L’elfe s’avère moins caricatural que la musculeuse couverture pourrait le laisser prévoir. Ils avancent tous deux contre les préjugés de leur race, faisant ainsi figures de héros sans en revêtir les travers (même s’ils en ont la plastique).

Elfes-2-planche-1.jpg

Le graphisme est souvent minutieux (les scènes de combats, la luxuriance des forêts), parfois trop naïf (les scènes en sépia, les orks, les visages trop ronds, les cornes de cerf du maître de chasse) mais globalement convaincant. Certaines planches comportent beaucoup de textes mais l’agencement des cases donne un rythme à ce qui aurait pu être fastidieux. Les récits, sous forme de dialogues, coulent de source et se fondent aux majestueux décors.

On se perdra donc dans ces forêt avec autant de plaisir que dans les mers du tandem Istin / Duarte qui ouvrait cette belle série consacrée aux différentes races d’elfes.

 

Voici le calendrier de parution de tous les tomes de la série :

1 –  Le Crystal des Elfes bleus (Istin & Duarte), 27 février 2013
2 – L’Honneur des Elfes sylvains (Jarry & Maconi), mai 2013
3 – Elfe blanc, cœur noir (Péru & Bileau), août 2013
4 – L’Elu des semi-Elfes (Corbeyran & Bordier), octobre 2013
5 – La Dynastie des Elfes noirs (Hadrien & Yi), janvier 2014

 

Mots-clés : bestiaire fantastique

 

 

Elfes - 2 : l'honneur des Elfes sylvains, Nicolas Jarry (scénario) et Gianluca Maconi, Soleil, mai 2013, 56 pages, 14.30€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 9 juin 2013 7 09 /06 /Juin /2013 17:00

 

Gratias.jpgMarin, dix-sept ans, en a vraiment marre de ses parents : ils viennent de refuser qu’il organise une fête à la maison avec ses potes pendant les vacances. Parait-il que la fois précédente, il a dépassé les bornes… Trop de bornes, trop de contraintes, parfois, il s’imagine bien orphelin. C’est ce qu’il crie en claquant la porte ce matin-là, avant de partir au lycée. Sa famille ne le reverra pas.

Après les cours, il reçoit un curieux message sur son portable : "Tu te sens seul, incompris. Tu aimerais que tes parents cessent de contrôler ta vie. Qu'ils te laissent vivre comme tu le souhaites. Tu voudrais être toi-même. Etre libre, indépendant, enfin ! Il ne tient qu'à toi... Rejoins Orphans Project". Une blague ? Il suit pourtant les indications précises qui le conduisent d’un lieu à l’autre de la ville, jusqu’à une cabine de photomaton d’où il disparaît. Quand il se réveillera, ce sera dans un monde très semblable au sien, sauf que ses parents sont morts depuis plusieurs mois, qu’il est élevé par son oncle et sa tante, qu’il ne connaît aucun de ses « camarades » de classe qui eux le reconnaissent… et mille autres détails qui ne correspondent pas aux souvenirs de Marin.

Le lecteur suit dès lors plusieurs lignes narratives, dont celle qui met en scène Alexia, jeune journaliste qui n’a pas froid aux yeux. Elle vient de découvrir qu’un institut très particulier vient de s’installer en ville, en toute discrétion : simple institut de beauté aux méthodes révolutionnaires ? Centre de soins expérimentaux traitant la vieillesse, la maladie ? Alexia parvient à infiltrer le Seahorse Institute lors d’une soirée théoriquement réservée aux VIP. Elle rencontre Sean Speruto, le fils du boss, qui lui en apprend plus sur la carrière de son père et ses dernières découvertes.

On suit aussi le capitaine Calcavechia, chargé d’enquêter sur la disparition de Marin, et apparaissent de loin en loin quelques mystérieux protagonistes obéissant à un certain Proteus, grand manitou à la tête d’expérimentations étranges ayant pour objet… Marin.

On comprend bien sûr très rapidement qu’il existe des liens entre la disparition de Marin et le Seahorse Intitute, et qu’Alexia la fouineuse va mettre le nez dans des affaires qui la dépassent. Mais justement, on sait donc que ces personnages sont en danger, qu’un cerveau puissant les manipule. Car c’est un thriller prenant qu’écrit ici Claire Gratias, thriller qui mêle enquête, manipulations, réalités parallèles et haute technologie.

Le rythme est prenant : ça commence doucement, avec des scènes de discutions pour bien présenter les protagonistes, puis tout s’accélère sans jamais retomber. Une écriture efficace donc, avec des personnages bien campés. L’intrigue se complexifie de page en page, des ramifications se font entre les deux mondes de Marin, le lecteur s’interroge, échafaude des hypothèses…

Un thriller maîtrisé puisqu’il tient le lecteur en haleine. Le tome 2 de cette trilogie est prévu pour octobre 2013.

.

Mots-clés : thriller - mondes parallèles

 

 

Orphans – 1 : double disparition, Claire Gratias, Rageot, mars 2013, 12.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 3 juin 2013 1 03 /06 /Juin /2013 09:00

Coeur de pierre 2

Coeur Tourner les pages de ce très bel album est déjà un enchantement. Jérémie Almanza mêle noirceur et lumière dans des contours flous pour des personnages aux physiques improbables mais attendrissants. Lire l’histoire de ces trois enfants en est un autre, celui d’un drame tendre écrit en alexandrins.

Voilà que naît un enfant au cœur de pierre, qui n’aimera ni ne sourira jamais, diagnostiquent les médecins. Accablés, ses parents ne s’occupent pas de lui et il grandit sans amour. Le même jour naît une petite fille au cœur d’artichaut qui elle aime sans compter et qu’on aime sans retenue. Leurs routes vont se croiser :


Ce fut un coup de foudre, elle aima tout de lui :
Les rides sur son front, ses yeux tristes et sans vie.
Elle fut envahie d’une étrange douceur,
Sentit ses joues rosir et ses genoux trembler,
Tandis que doucement des frissons de chaleur
Parcouraient sa peau claire. Elle n’osait bouger.


Mais bien sûr, l’enfant au cœur de pierre est insensible à toutes ces manifestations, il ne la voit même pas. Heureusement passe par là un enfant au cœur d’or…

Quelle belle histoire, douce et simple, jamais mièvre. C’est une histoire qui dit qu’on ne peut aimer si l’on ne l’a jamais été, que l’amour est aussi important à la constitution d’un enfant que le boire et le manger. Mais qu’il peut s’épuiser aussi à n’être pas payé de retour et qu'on peut en mourir...

Le graphisme magnifique de Jérémie Almanza nous plonge dans un onirisme sombre, proche de l’univers de Tim Burton et les petits personnages portent leurs sentiments sur leur visage, au plus près des émotions. La terrible solitude du Cœur de pierre rencontre la lumineuse joie de vivre du Cœur d’artichaut, et on se prend à espérer un miracle, le miracle de l’amour, car sur le dessin, le temps de quelques cases, le froid et le chaud se marient à merveille…

Coeur de pierre 1

C’est beau et triste à vous arracher le cœur, comme l’amour avec un grand A.

Mots-clés : contes

 

Cœur de pierre, Séverine Gauthier (scénario) et Jérémie Almanza (dessin et couleur), Delcourt, avril 2013, 32 pages,9.95€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Bandes dessinées/Mangas
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 00:00

 

Fantomes-contre-fantomes-1.jpgTout commence en pleine action, dans une maison gravement perturbée : une femme est poursuivie par un fantôme dont la silhouette se moule dans les murs, le plancher, les escaliers, détruisant tout sur son passage. Une vieille femme assiste à tout ça, qui se révèle être sa mère. Une impressionnante scène d’ouverture qui laisse présager de beaux effets spéciaux.

Mais c’est bien tout ce qu’il y aura à tirer de ce film, juste navrant tant les gags éculés succèdent aux scènes drôles qui tombent à plat.

La ville de Fairwell  enterre un autre de ses concitoyens. Depuis quelques temps, les morts s’accumulent, toutes causées par des arrêts du cœur imprévisibles. Ce qui fait les affaires de Frank Bannister (Michael J. Fox), ancien architecte devenu médium et même enquêteur grâce à ses talents acquis suite à un accident de la route qui couta la vie à sa femme. Frank voit les fantômes, ces morts dont les âmes n’ont pas été aspirées vers le ciel et qui restent à errer sur terre. Plusieurs d’entre eux lui servent d’ailleurs d’amis et il a monté avec eux un petit trafic juteux : les deux comparses organisent quelques manifestations bruyantes et effrayantes chez les gens, qui appellent aussitôt Frank Bannister à la rescousse.

Mais Bannister va se trouver pris dans plus grand que ses petites magouilles. Grâce à son don, il comprend qu’une entité maléfique fait office de serial killer et tue les habitants en inscrivant un chiffre sur leur front. Bannister va comprendre que cette série de meurtres a quelque chose à voir avec un fait divers ancien : un jeune homme a jadis tué, par pur plaisir, douze personnes dans l’hôpital de Faiwell. Il a fini non repenti et fier de lui sur la chaise électrique mais sa petite amie, alors âgée de quinze ans est récemment sortie de prison et vit recluse dans sa maison. Tiens justement, la maison du début…

 

Ce film compte un nombre effrayant de scènes déjà vues cent fois (Bannister qui conduit comme un tocard et emplafonne tout sur son chemin, la police incompétente qui tire n’importe comment…) : difficile d’en sourire. Quelques trouvailles même pas drôles n’arrangent rien : le sportif aux nains de jardin, le vieux fantôme gardien du cimetière qui tire sur tout ce qui bouge, l’agent du FBI à la mèche hitlérienne complètement allumé, les fantômes gardiens, dont un Noir clone de James Brown….

Fantomes-contre-fantomes-2.jpg

La fin n’est pas loin de ce qu’il y a de pire dans ce film. Je la raconte, ne lisez pas si vous pensez que ce film recèle un suspens que je dévoilerais ici honteusement. Bannister se sacrifie pour entrainer son ennemi définitivement loin de la terre. Pour ça, ils empruntent le fameux tunnel lumineux (eh oui…), arrivent au paradis (enfin juste Bannister car l’ennemi est envoyé illico presto en enfer, ce film est avant tout moral). Donc Bannister retrouve sa femme aimée et souriante (quand elle est morte, il s’engueulait avec elle) qui lui dit que non mon chéri, ton heure n’est pas venue, et le voilà qui repart sur terre, in corpore sano, c’est chouette, il va pouvoir se faire la potiche qui tient lieu d’héroïne (Trini Alvarado).

Il y a quand même quelques effets spéciaux pour sauver le film : le fantôme dans la maison, le masque de fantômes dégoulinant dans le cimetière, le tentaculaire chemin direct vers l’enfer. Quelques scènes un peu gore mais à peine, le plus effrayant est sans doute l’affiche qui du coup trompe sur la marchandise.

Finalement, ce film est tellement bête que je préfère Ghost Buster, que je ne ferai pas l’erreur de revoir vingt ans après, ça pourrait être fatal au souvenir juvénile que j’en ai.

Mots-clés : fantômes

 

Fantômes contre fantômes
Peter Jackson, 1996

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Ciné/DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Il y a actuellement 5  personne(s) sur ce blog

Rechercher

Facebook

logo-f.jpg

Archives

Syndication

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés