Mardi 6 décembre 2005
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James Jones, un privé pas très reluisant, vivote en
filant des femmes infidèles. Pas très fier de lui, on le sent plutôt schizophrène, limite bon pour l'asile, puisqu'il tient de vivants dialogues avec son cher frère jumeau mort et empaillé depuis
déjà belle lurette. Voilà qu'un jour "une superbe créature" lui propose un magot pour retrouver un vulgaire livre. Comme ils sont flics de père en fils depuis quatre générations dans la famille
Jones, James sent l'arnaque, mais bon, un paquet de billets, ça ne se refuse pas.
Voilà pourtant que la ravissante cliente se fait rapidement refroidir et que surgit sa sœur, rancunière bien sûr, et tout aussi désireuse de retrouver ledit livre. Un peu moins belle que son
aînée, il va se l'attacher quand même, car de toute façon, il n'a pas bien le choix. Il a quand même d'autres alliés plus ou moins consentants : Stevie le barman, l'épouvantail et Joseph, autre
jumeau des triplés Jones, de surcroît commissaire de police. Il ne seront pas de trop pour tenter de mettre la main sur ce livre magique et malfaisant.
Pas facile de mettre en scène un privé à la Bogart, surtout quand il raconte son histoire à la première personne. Halvick a trouvé le ton juste, désabusé, revenu d'à peu près tout, et lui a
rajouté une touche un peu bizarre en le faisant se trimballer partout avec son frère empaillé. On finit par se demander s'il est vraiment mort, si les autres sont aveugles ou s'il est
effectivement complètement cinglé. Si le lecteur s'interroge, c'est bon. Pas mal trouvées non plus, ces créatures d'autres réalités comme la goule domestique, véritable calamité qui ne se nourrit
que de charogne, ou Beal, démon hilare chauffard de taxi.
Á mon avis, les personnages seraient encore plus
crédibles avec un vocabulaire un peu moins sage. Argot et grossièretés (pas par louches s'entend !) ne dénoteraient pas dans la bouche de certains grands caïds de la pègre, ni même dans celle du
privé lui-même. Et puis mince, quand James comprend qui est sa charmante compagne, ça fait déjà un bail que le lecteur se doute qu'elle n'est pas la belle oie blanche qu'elle prétend être… Ça,
c'est plus embêtant. Car même s'il n'est pas d'une perspicacité extrême, c'est lui qui mène l'enquête et le récit.
L'intrigue plutôt basique et convenue plombe donc un peu l'intérêt du lecteur mais trouve son originalité dans des personnages inattendus. S'inspirant du polar noir américain, ce roman s'en
démarque par certaines bonnes trouvailles surnaturelles et originales finalement pas assez exploitées. Avec une intrigue moins conventionnelle et plus serrée, Philippe Halvick pourrait se laisser
emporter par son grain de folie douce.
Mots-clés : polar
De Philippe Halvick sur ce blog : Ange et Démon
Un livre pour le Tigre, Philippe Halvick, " Quid Novi ? " Editions, juin 2005, 309 pages, 19€