Samedi 4 avril 2009
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Une couverture beaucoup moins tape-à-l’œil que les autres, élégante même,
et c’est ce livre que je choisis parmi les quinze kilos arrivés le week-end dernier. J’ai bien fait, très bien fait, parce qu’il n’y a pas que la couverture qui soit différente, le contenu vaut
la lecture.
William Heaney, narrateur de cette histoire, est un looser
comme les autres, ou presque : la cinquantaine, quitté par sa femme, trop gros buveur, sensible à la misère humaine et généreux, très généreux. Au point de verser l’intégralité des gains de
ses passe-temps officieux et lucratifs à une association, GoPoint, qui lutte pour offrir un toit aux clodos londoniens (et ils sont légion) : il écrit des poèmes dont son pote Jaz
Diamond tire toute la gloire, mais surtout, il est expert en faux livres anciens qu’il fait fabriquer par son pote Stinx, un orfèvre en la matière, et revend à des collectionneurs trop
naïfs. Pour l’instant, il est coincé avec un faux Orgueil et préjugés dont Stinx a salopé l’original. Il lui faut pourtant de l’argent vu qu’il s’est
endetté pour sauver GoPoint de la fermeture en plein hiver.
Bref, c’est pas la joie quand l’étrange Yasmin surgit dans
la vie de William à un moment d’autant plus critique qu’il vient d’être contacté par un ancien étudiant avec lequel il a vécu une très mauvaise expérience. Cercle satanique, invocations, jeunes
filles mortes ou disparues, Robert Fraser sent le souffre… et William aussi. Ah oui, j’oubliais : William a le don de voir les démons, ceux qui s’accrochent aux gens, les terrorisent, les
accablent. Ils sont là partout, autour de nous, et celui de Yasmin le fait fuir…
Me voilà enchantée de ma lecture : Londres, ses pubs
racontés en détail, un héros éminemment sympathique, des personnages bizarres, tous convaincants et un auteur qu’on retrouve avec plaisir sous ce pseudonyme vite transparent (suffit de chercher).
Pas la grosse armada du fantastique, juste quelques soupçons qui dessinent la personnalité de William Heaney : que sont ces démons qu’il dit voir ? Des diablotins de pacotille ou plutôt
des nuées de sentiments toujours plus pessimistes et destructeurs qui nous entourent et nous harcèlent, affamés de malheur ? William traîne lui-même son lot de démons, liés à son expérience
étudiante qui l'a (irrémé)diablement empêché de vivre et d'apprécier le simple bonheur d'être au monde.
Et puis une histoire tout ce qu’il y a de plus réussie, mêlant plusieurs plans tant chronologiques (le
présent et la vie étudiante) que narratifs (la fabrication des faux livres, les poèmes pour Jaz, la liaison avec Yasmin, l’arrivée de sa fille et de son ami chez lui, le sauvetage de GoPoint et
la magnifique histoire de Seamus le clodo). Par la voix de William Heaney, ces récits s’entremêlent, se dévoilant lentement, si lentement qu’il faut absolument tourner les pages, encore et
encore. Bref, voilà le lecteur captif de sa lecture, et réjoui de se perdre de pub en pub et de démon de l’intranquillité en démon de minuit.
A lire donc, avec grand plaisir car les Bragelonne se
suivent et ne se ressemblent pas toujours...
Mémoires d’un maître
faussaire (2008), William Heaney traduit de l’anglais par Mélanie Fazi, Bragelonne, février 2009, 333 pages, 20 €