Jeudi 28 mai 2009
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Voici un roman qui mêle avec sang et bonheur la mythologie asiatique et le Japon moderne. A travers l'histoire de l'Oni No Shi,
l'épée tueuse de démons, Thomas Day écrit une histoire de vengeances, de haines et d'amour aussi parfois, mais juste un peu... Car la tonalité dominante est quand même très rouge, au coeur de la
violence.
Nagasaki Oni et Hiroshima Oni sont deux démons nés au centre des cratères issus des deux bombes atomiques. Chacun dirige un clan yakuza. Nagasaki Oni a recueilli, élevé et violé Sadako qui est
devenue son esclave, son objet, sa maîtresse et la mère de son démoniaque rejeton. Elle n'est elle-même pas humaine, une sorte de femme-panthère aussi belle qu'inquiétante : "une chimère, une
créature de cauchemar, une créature de rêve, le plus beau des monstres ou la plus monstrueuse des beautés féminines ?"
Vous l'aurez donc compris, ce Japon-là n'est pas exactement le nôtre... "le monde n'est
pas unique ; il se divise en trois mondes s'interpénétrant et s'enchâssant, contre toute logique géographique, dans la même sphère, celle du réel, la Terre. [...] Il y a trois mondes principaux -
celui des démons, celui des hommes et celui des hommes-bêtes, aussi appelés livelins..." Il y est pourtant beaucoup question du Japon d'aujourd'hui et moi qui ne connais rien au syndicat du
crime japonais je sais gré à l'auteur d'avoir fourni toutes les explications nécessaires au bon entendement de son histoire, sans pour autant la transformer en pensum.
Nagasaki Oni offre à Sadako l'Oni No Shi pour qu'elle le tue en combat singulier. Elle se retrouvera alors à la tête d'un clan de yakuzas très puissant et capable de l'aider à récupérer son fils
détenu par Hiroshima Oni. Les combats vont se multiplier au même rythme que les morts et le sang gicler aussi facilement que dans les films de Tarantino dont se réclame ce livre (et dont je
ne suis pas fan, pas du tout). Dynamique comme un manga, provocateur comme un Thomas Day, cette histoire-là n'est pas de tout repos. A l'inverse, les deux récits qui l'encadrent et racontent
l'histoire de la fameuse épée, sont beaucoup plus traditionnels et classiques dans leur facture, même si la violence y sévit aussi car il y est encore question de guerre.
Nul doute qu'on peut ressortir choqué de cette lecture-là. Mais enfin, on peut lire autre chose que Thomas Day, on est prévenu... Je trouve très réussi le mélange des deux Japon, des deux styles
de l'auteur, entre légende et modernisme. Les scènes de violence et d'affrontements entre les personnages sont efficaces parce que précises, sans "effets spéciaux" mais plutôt tout en
chorégraphie, aussi bien verbales que corporelles. Ceci dit, l'auteur a eu le bon goût de ne pas en faire six cents pages (certaines confrontations en auraient même mérité quelques unes de plus),
ce qui permet au lecteur d'apprécier sans faire une indigestion d'hémoglobine.
Finalement, voici un livre que j'ai plus apprécié que je ne m'y attendais...
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Mots-clés : Asie
De Thomas Day sur ce blog : La voie du sabre - L'instinct de l'équarrisseur - Le trône d'ébène - Du sel sous les paupières - Le double
corps du roi
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La maison aux fenêtres de papier, Thomas Day,
Gallimard (Folio SF n°331 - inédit), février 2009, 302 pages, 7 €