Dimanche 17 juin 2012
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Typiquement le genre de livre difficile à
chroniquer. Parce que j’imagine que la jeune auteur, que je ne connais pas, doit être très sensible aux critiques et que quand on vient de publier son deuxième roman, on les préfère positives
(surtout quand on porte l’étendard de premier roman français publié chez Castelmore). Ça ne va pas être tout à fait le cas, même si l’énergie et le dynamisme de ce petit livre sont
appréciables.
Tout a fort mal commencé, par exemple page 18 (c’est-à-dire en fait
après huit pages de texte proprement dit) :
« Seamus baissa la tête comme une jeune fille pudique, passa
ses mains dans ses cheveux bruns qu’il décoiffa, et reporta son regard sur ses lunettes qu’il entreprit de nettoyer avec son foulard.
L’aubergiste s’approcha d’eux avec dans les mains deux bouteilles de vin et autant de verres qu’il posa avec violence sur leur table.
Ces messieurs voudront p’t’être une chambre pour la nuit ? demanda-t-il
avec tout le mépris dont il était capable.
D’ordinaire, c’était son fils qui assurait le service, mais il n’avait pas envie de se retrouver de nouveau avec une lame entre les deux
yeux. »
Malheureusement, ce n’est pas tout :
« - Ah mais, pesta l’adolescent en rouge, agitant les mains en l’air, si je devais adopter tous les gosses que je prends
en pitié, j’en aurais déjà toute une ribambelle derrière
moi ! »
Cette deuxième citation se trouve page 32, seulement page 32, il
m’en restait encore beaucoup ! Car c’est bien là que se situe le problème majeur de ce roman : une écriture simpliste jusqu’à la
maladresse, qui aurait mérité d’être allégée. Je ne parle pas de la surreprésentation des verbes être et avoir, ni des non sens (j’aimerais bien savoir par exemple ce qu’est « une voix
russe »…), ni du manque de fluidité dans les descriptions.
J’ai donc tenté de lire en faisant abstraction de l’écriture, ce qui, on
en convient, n’est pas aisé. Deux phrases m’ont cependant tellement conquise, que j’ai décidé de lire Emmanuelle Nuncq jusqu’au bout, tellement elles résument bien mon sentiment :
« Au début, elle avait cru qu’elle parlerait littérature avec ses
lecteurs, qu’elle serait utile, qu’elle défendrait la culture. Cela n’avait jamais été le cas, parce que la seule chose sur laquelle elle les renseignait, c’était l’emplacement des
toilettes. »
De là à dire que je m’identifie à Violette, la bibliothécaire
neurasthénique, il y a un pas que je ne franchirai pas… Cependant, je peux affirmer que cet idyllique métier peut ne pas se révéler à la hauteur des ambitions qu’il suscite. Surtout quand elles
sont grandes, les ambitions…
J’ai donc tout lu et force m’est de constater que ce qui m’a le plus
plu, ce sont les toutes dernières pages, à savoir le bêtiser : la réécriture de certaines scènes version « coupé, on recommence ». L’histoire en elle-même est sympathique, tout
entière à la gloire des romans et films de cape et d’épée. Une jeune princesse, Roxanne, a été dépossédée de son trône et bannie par un méchant. Alors qu’elle fuit avec son valet, elle passe à
travers un tableau et se retrouve propulsée au XXe siècle dans la bibliothèque où Violette s’ennuie. Roxanne prend la place de Violette, celle-ci passe à travers le tableau et rejoint le royaume
de Bordemarge, un lieu de fiction où tous les personnages sont des stéréotypes et où personne ne vieillit. Violette est recueillie par Angus Khaltourine (celui à la voix russe), le très méchant
pirate qui s’attendrit curieusement à sa vue : la jeune fille ressemble à Éléonore, son amour perdu...
Puisque le sujet même du roman c’est le stéréotype dans le roman
d’aventure, forcément, les personnages sont stéréotypés. Mais l’idée, me semble-t-il, était de les faire évoluer, de les sortir des quelques traits qui les caractérisent pour les enrichir et les
humaniser. Or là, c’est raté, ce n’est pas parce que le pirate devient un brave type que la figure du pirate en est intrinsèquement bouleversée. Il n’y a que Violette qui a mon avis sort du lot,
j’entends déjà les bibliothécaires s’offusquer de l’image ainsi véhiculée de leur métier…
Emmanuelle Nuncq ne manque visiblement pas d’influences ni
d’imagination, on lui souhaite donc de lire, lire encore, et d’écrire, écrire encore pour améliorer son écriture et gagner une légèrement plus seyante à son propos.
Bordemarge, Emmanuelle Nuncq, Castelmore, avril 2012, 317 pages, 15.20€