Ce roman est contemporain du cycle Hypérion de Dan Simmons
et de celui d’un autre Robinson, Mars. Des références qui nous plongent dans le meilleurs du space opera des années 90, dans l’exploration spatiale
et les conflits en vase clos aux dimensions pourtant galactiques.
Moineau, jeune assistant tech de dix-sept ans, se réveille après un accident : alors
qu’il explorait la planète Sethi IV, hostile et stérile, il a dévissé d’une falaise. Grièvement blessé, il se remet lentement de ses blessures mais a perdu la mémoire. Son amnésie permet au
lecteur de découvrir en même temps que lui son entourage : il se trouve à bord de l’Astron, vaisseau qui depuis deux mille ans sillonne l’espace
en quête de vie. Á sa tête depuis toujours, l’immortel capitaine Kusaka et à bord, environ trois cents hommes et femmes. Pour la plupart, ils ont perdu l’espoir de trouver un jour une forme de
vie quelconque. Depuis deux mille ans, des générations et des générations se sont succédées, explorant l’univers, débarquant sur des centaines de planètes : en vain. Seule la motivation du
capitaine semble ne pas faiblir. Il veut d’ailleurs que l’Astron traverse une zone de ténèbres absolues, dont jamais le vaisseau ne reviendra, car il
est certain qu’au-delà, il y a la vie. Mais l’Astron vieillit, certaines pièces sont usagées, comme en témoigne cette corde responsable de l’accident
de Moineau. Ce dernier comprend bientôt que certains astros fomentent une mutinerie : ils ne croient plus en de possibles formes de vie dans l’univers et souhaitent que le vaisseau reprenne
le chemin de la Terre, non pour eux-mêmes car le chemin est trop long, mais pour leurs descendants. Or, le vaisseau est programmé pour que seul le Capitaine puisse le diriger.
Peu à peu, les souvenirs reviennent à Moineau qui à force de questions et de recherches finit
par comprendre qui il est réellement, bien plus qu’un simple technicien, et quel rôle il peut jouer sur le vaisseau.
« Fresque spatiale écrite comme un thriller » vante la quatrième de couverture et
oui, les deux éléments sont bien là et ceux qui ne seraient pas adeptes du space opera pourront se contenter du thriller sans être submergés de données scientifiques. Car ce qui fait suspens ici
court sur deux sujets : la réussite de la mutinerie et l’identité de Moineau. Frank M. Robinson utilise un ressort classique pour pénétrer les pensées de son héros et pour qu’il soit aussi
novice que le lecteur, mais cette amnésie cache des souvenirs vraiment vertigineux.
Les relations sociales à l’intérieur de ce microcosme sont terriblement tendues, les intérêts
personnels prenant parfois le pas sur la cause. Le Capitaine est par contre aussi déterminé qu’au premier jour : il sondera l’espace et ira de l’avant tant qu’il vivra, et il a déjà deux
mille ans… La science est affaire de foi, et lui croit en l’existence de vie extraterrestre. Comme toutes les croyances, celle-ci a ses intégristes qui deviennent meurtriers sous couvert de
justice quand ils ont le pouvoir.
Il y a donc plus que de la science dans ce space opera, c’est d’ailleurs comme ça que je les
aime, quand au final c’est l’humain le principal moteur de tous ces beaux vaisseaux.
Je ne dirai rien de la fin, sauf qu’elle m’a ravie car elle est ironique et drôle.
Les billets de Cachou et Henri.
Destination ténèbres (1991), Frank M. Robinson traduit de l'anglais (américain) par Jean-Daniel Brèque, Denoël (Lunes d'encre), mai 2011, 484 pages, 24€