Dimanche 19 août 2012
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J’ai apprécié il y a deux ans ce que
John Ajvide Lindqvist avait fait du mythe vampirique dans Laisse-moi
entrer. J’ai donc eu envie de lire ce qu’il était advenu des zombies une fois passés entre ses mains on ne peut plus suédoises. J’ai trouvé l’essai moins
réussi, limite si je ne me suis pas ennuyée.
Un orage estival, des éclairs, l’électricité qui s’emballe, et voilà que
tous les habitants de Stockholm morts depuis moins de deux mois se réveillent, en plus ou moins bon état. Le lecteur suit parallèlement trois familles endeuillées. Eva, David et le petit Magnus
forment la famille idéale. Mais voilà qu’Eva meurt dans un accident de voiture au tout début du roman. Elle est conduite à l’hôpital où son mari la rejoint et assiste à son « réveil ».
Fraîchement morte, elle s’avère capable de parler. Le mari d’Elvy par contre ne peut pas parler, mais veut rentrer chez lui, ce qu’il parvient à faire. Il était grabataire à son décès et sa femme
fut dévouée jusqu’à sa mort mais son retour ne la remplit pas de joie, loin de là : elle estime en avoir fait assez pour lui et n’a pas l’intention de s’en occuper par-delà la mort. D’autant
plus qu’un sujet plus grave la préoccupe : pour elle, la résurrection des morts signifie fin des temps et elle a bien l’intention de prévenir ses semblables en prêchant l’Apocalypse. Mais sa
petite-fille, une adolescente difficile nommée Flora développe des contacts particuliers avec les morts : elle les entend. La troisième famille que l’on suit est celle de Mahler,
journaliste, dont le petit-fils est mort récemment dans un accident. Sa mère, la fille de Mahler, ne s’en remet pas. Quand il apprend que les morts de moins de deux mois reviennent à la vie, il
court déterrer Elias et le ramène chez lui. Il tente de lui rendre une apparence présentable puis rejoint sa fille. Peu à peu, Elias semble montrer des signes d’intelligence et se
souvenir.
Le lecteur suit avec un certain intérêt ces familles qui n’arrivent pas
à se débarrasser d’un être cher et décident, au-delà de toute logique, de s’occuper d’un mort qui ne montre que des signes de vie mécanique. Après quelques pages où on comprend que leur peine est
immense et que la raison les a quittées, on se demande où on va exactement. Et une fois la dernière page fermée, on se dit qu’on n’est pas allés bien loin, voire même que le brillant Lindqvist
vampirique nous sert ici un salmigondis sur l’âme assez étrange. L’amour et la mort, un dilemme aussi vieux qu’Eros et Thanatos, sont les moteurs du roman à travers le combat des personnages
contre leurs pulsions. Je me demande donc bien pourquoi l’auteur a eu besoin d’un discours opaque sur l’au-delà, qui dessert son propos sur la portée et les limites de l’amour humain. Peut-être
a-t-il ressenti le besoin de faire ésotérique pour être profond… c’est dommage.
L’utilisation que Lindqvist fait du mythe est cependant intéressante.
Pas de sorties de tombes, de défilés de morts-vivants dans les rues ou de bras qui tombent. Certaines descriptions sont certes peu ragoûtantes, mais rien de très gore. Il ne s’agit pas d’un livre
cherchant à faire peur, mais d’une réflexion sur les rapports des hommes avec leurs défunts. Le Suédois fait donc encore preuve d’originalité en traitant de ce vieux mythe fantastique. Ses
personnages sont sensibles, et la société suédoise n’est à nouveau pas épargnée. Mais je n’ai pas suivi Lindqvist jusqu’au bout et j’en suis la première déçue.
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Mots-clés : zombies
Le retour des morts (Pappersväggar, 2005), John Ajvide Lindqvist
traduit du suédois par Carine Bruy, Télémaque, juin 2012, 363 pages, 22€