Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 00:00
depotte.jpgJ'aurais dû écrire mon billet dès lecture... J'ai laissé passer quelques jours et déjà l'histoire m'échappe, non pas qu'elle ne soit pas globalement agréable, mais légère, si légère que déjà, elle s'oublie...

Paris au début du siècle dernier. Le Grand Khan a quitté le Tartare (entendez le Diable a quitté l'Enfer) et s'apprête à déverser la Horde d'Or sur la capitale au moment de la visite du tsar Nicolas II. Sa fille Lucrèce projette d'assassiner l'empereur de toutes les Russie avec l'aide d'un démon invoqué par oncle Gérard. Car ledit oncle Gérard est le grand maître de l'ordre martiniste et grâce au sacrifice de l'ogre Raymond, il peut enfin invoquer les puissances occultes. Oui, mais Raymond entraîne dans sa chute Eloïs, le frère jumeau de Lucille, qui n'est autre que l'amie d'enfance de Joseph, séminariste, autrement surnommé Saint-Joseph-des-Morts car il parle aux personnes récemment décédées.
Ouf ! Court résumé où je n'ai pas réussi à caser Vladimir Oulianov, dit Lénine, en séjour forcé à Paris, Victoire Desnoyelles, présidente des Français, le préfet Lépine et Fulgence Bienvenüe.

Mêlant astucieusement personnages historiques et imaginaires, Jean-Philippe Depotte construit un Paris décalé bourré de références connues qui ne le rendent que plus crédible. Il tisse pour eux une intrigue foisonnante avec complots politiques, invocations sataniques, voyage aux enfers et histoire d'amour. C'est touffu. Trop même car finalement, l'intrigue se dilue dans plusieurs fils, après l'invocation, l'auteur reprenant les faits et gestes de chaque personnage les uns après les autres sans qu'il se passe vraiment grand-chose de capital.
C'est drôle parfois, souvent un peu long, ça s'appelle un ventre mou, celui de milieu de livre dont bien souvent je ne sors pas : je m'enlise, je compte les pages depuis que je m'ennuie et combien il m'en reste, j'attends un regain d'intérêt... et quand il ne vient pas, j'abandonne. Ici page 317. Le rythme installé au début s'essouffle malheureusement et j'ai fini par ne plus prendre attention à tous ces personnages qui restent finalement assez superficiels. Je crois que Jean-Philippe Depotte gâche un peu son talent en n'approfondissant pas son sujet, en particulier en ce qui concerne les implications politiques. Tout ça reste assez anecdotique, très roman d'aventure, et c'est dommage. Un trop beau décor pour des marionnettes qui auraient mérité d'être approfondies.

Quand je vois arriver un premier roman français, j'ai envie d'y croire, de me dire qu'il va tout changer, apporter un souffle nouveau, faire dans l'original. Et c'est bien ce que fait Jean-Philippe Depotte : il ne ressasse pas des thèmes déjà vus, il crée son propre univers, très historiquement documenté et très original. J'y ai vraiment cru pendant.... deux-cent-cinquante pages... Mais réjouissons-nous puisque l'auteur signe donc là son premier roman qui par la forme et l'histoire est déjà bien plus intéressant que les écrits de bien des auteurs reconnus.

Une interview de l'auteur

Les démons de Paris, Jean-Philippe Depotte, Denoël, février 2010, 514 pages, 20 €
Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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  • : Bibliothécaire, chroniqueuse littéraire, formatrice et membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire, j'anime Mes Imaginaire depuis janvier 2004 (sur Overblog depuis avril 2008).

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