Deux fils narratifs pour débuter ce premier tome d'une série qui s'annonce ésotérique. Michael Petersen est biologiste marin,
spécialiste des grands mammifères. Choix professionnel étrange quand on sait qu'il a perdu ses parents à sept ans lors d'un naufrage et que la mer le terrorise : impossible d'y pénétrer, de
l'approcher, sans de terribles crises d'angoisse. Une fascination mortifère a guidé ses choix, entretenue par des rêves récurrents de noyade, et qui finit par se concrétiser par sa décision de
prendre part à une expédition scientifique dans l'Antarctique. Envers et contre tout, il décide de partir trois mois, laissant là sa femme Megan et son fils Eric, huit ans. La pression de ses
beaux-parents, de sa sœur n'y font rien : il est décidé à partir. Reste à savoir comment il pourra monter sur le bateau...
Qui est Masha Turgueniev ? Elle opère dans l'ombre, obéit à des ordres, semble faire partie d'un réseau d'agents sur-entraînés. Elle dégaine aussi vite qu'elle échappe à ses poursuivants, bien que l'âge aidant, elle ne sorte pas sans quelques douleurs lombaires d'un saut du cinquième étage d'un immeuble. Qu'a-t-elle à voir avec Michael Petersen ?
A dire vrai, on comprend vite qui elle est, aussi, quand son identité est dévoilée de façon assez grandiloquente aux alentours de la page 160, l'effet tombe un peu à plat. Par contre, la révélation du même genre de la page 300, je ne l'ai pas vue venir. Et c'est tant mieux, ce livre, c'est quand même avant tout un thriller à suspens qui joue beaucoup sur le non-dit, cherchant à aiguiser l'attention du lecteur qui ne cesse de s'interroger.
A l'issue de ce premier volume, on en sait bien un peu sur la Voie de la Main Droite et la Voie de la Main Gauche, ces deux univers magiques qui se partagent le monde. Mais attention, pas de balais et de chapeaux pointus ici, rien que des gens modernes avec grosses voitures et portables. Pour faire court, la Voie de la Main Droite est conservatrice, elle prône l'obéissance et la soumission à une entité supérieure. En face, la Voie de la Main Gauche semble beaucoup plus séduisante puisqu'elle permet à l'individu de s'épanouir personnellement, de donner libre cours à ses envies. Mais c'est aussi la voie de l'individualisme forcené, celui de certains mages très puissants qui s'adonnent au Jeu Supérieur.
"Donner corps à une vérité
née de son désir, telle était l'essence du Jeu Supérieur - et une des rares règles considérées comme cardinales par les adeptes de la Main Gauche : "Que ta volonté ait force de
loi."
J'aime assez quand le monde n'est pas ou tout blanc, ou tout noir. Je n'aime pas pour autant le gris terne de scénarios prévisibles. Il y a ici de quoi retenir l'attention car les personnages sont vraiment surprenants. Même les beaux-parents, qui correspondent tellement aux clichés du couple d'Américains vieillissant heureux ensemble que c'en est très énervant, même ce couple-modèle a ses raisons d'être. Je n'en dirai pas autant de Michael que je trouve trop mou, trop bon gars, trop indécis. Alors que le lecteur passe son temps à s'interroger sur son compte, lui reste assez terne et ne s'étonne de rien. Car enfin, pourquoi le Comité cherche-t-il à l'empêcher d'aller au pôle sud, un type aussi inoffensif que lui ? Pourquoi cette organisation qui a l'air redoutable a-t-elle mis sur pied depuis sept ans un plan d'envergure mondial pour que Michael Petersen, brave père de famille propre sur lui ne se souvienne de rien ?
Autant de questions, autant d'attentes. Me voilà ferrée, c'est malin faut attendre la suite...
Le billet de Lorhkan et le site de l'auteur.
De Lionel Davoust sur ce blog : La volonté du dragon.
Léviathan : la chute, Lionel Davoust, Don Quicotte, septembre 2011, 402 pages, 19.90€