Dimanche 12 février 2012
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Alors qu’il sèche les cours avec quelques copains, Marcus, dix-sept ans, est pris dans un
mouvement de foule. Il est molesté, arrêté, encagoulé et retenu prisonnier plusieurs jours sans possibilité d’avoir recours à un avocat. On l’humilie et on le force à répondre à des questions sur
ses activités de jeune hackeur informatique. Marcus n’a pourtant pas fait grand-chose de répréhensible, rien de bien dangereux en tout cas. C’est pourtant bien lui la cible, puisque ses amis
arrêtés aussi sont interrogés à son sujet.
Il apprendra que ceux qui l’ont interrogé font partie de la Sécurité intérieure et qu’un attentat extrêmement
meurtrier était à l’origine du mouvement de panique qui lui a coûté sa liberté : Al-Qaïda a fait sauter le Bay Brigde, les États-Unis sont en état d’alerte maximum et San Francisco vit
désormais à l’heure ultra-sécuritaire. Au nom de la protection des civils, les fouilles se multiplient et les systèmes de surveillance tracent les individus à n’importe quelle heure du jour ou de
la nuit. Caméras, puces, mouchards, tout est bon pour traquer l’ennemi. Mais qui est-il ?
Cory Doctorow a imaginé une société américaine à peine différente de celle qui existe aujourd’hui. Quelques points de
différence : les élèves sont quasi fliqués, et ce avant même l’attentat, et le président est un abruti. Critères qui ont leur importance puisque qu’une grande majorité de la population ne
réagira pas à la multiplication des appareils de surveillance, habituée qu’elle est à être dans l’œil du cyclone ; de plus la Sécurité intérieure n’aura pas de mal à imposer ses méthodes
musclées, détruisant sans scrupules les dernières velléités de liberté individuelle : il n’y a personne en face pour défendre la constitution.
Marcus lui est prêt à se battre pour faire valoir ses droits et sa liberté. Grâce à ses talents d’informaticien, il
crée un réseau parallèle indétectable, Xnet, grâce auquel il va entretenir la résistance en dénonçant les dérives de l’obsession sécuritaire, des abus policiers à la propagande médiatique.
C’est tout à fait efficace car on ne peut plus réaliste tant pour ce qui est de l’intrigue que des personnages. Marcus
est un ado, il a des problèmes relationnels avec ses parents, des potes et surtout il est attiré par Ange, qui ne ressemble pas aux jeunes héroïnes fleurs bleues habituelles. Ce roman n’est
d’ailleurs pas dans la veine des romans de SF jeunesse actuels. Il n’invente pas de toute pièce une société dystopique mais prend modèle sur la nôtre, sur ce qu’elle sera sous peu si un certain
discours sécuritaire se place au-dessus des lois. Ce roman n’est donc pas un simple divertissement, c’est aussi une invitation à la réflexion. Ce n’est pas rien de s’interroger sur la liberté
individuelle quand la sécurité nationale est en jeu, quand il s’agit de protéger les populations. Comme on aimerait que nos lycéens se livrent aux mêmes débats que Marcus et ses camarades en
cours de sciences sociales !
Ce roman s’inscrit donc dans une catégorie « jeunes adultes », tout en étant recommandable à tous.
Cependant, Cory Doctorow se lance parfois dans certaines explications informatiques et technologiques extrêmement détaillées qui m’ont noyée le temps de quelques pages. On sent l’auteur
enthousiaste sur la crypto et le faux positif, mais malgré ses (longues) explications, je n’ai rien compris…
Que ce petit bémol ne vous empêche pas de lire Little Brother, un roman quasi engagé, en tout cas un
roman adolescent intelligent sans être didactique ni démonstratif.
Mots-clés : mondes
virtuels - politique fiction
Little Brother (Little Brother, 2008), Cory Doctorow traduit de l’anglais par Guillaume Fournier, Pocket
Jeunesse, janvier 2012, 442 pages, 18.80€