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avatar-blog160 Bienvenue dans Mes Imaginaires, les chroniques littéraires de Sandrine Brugot Maillard depuis janvier 2004. Chroniqueuse littéraire, formatrice et membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire, je ne traite ici que de littératures de l'Imaginaire.

Bibliothécaire en disponibilité, je suis aujourd'hui formatrice et animatrice de débats, tout genre littéraire confondu.

Romans adultes

Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 07:00

 

Galopin.jpgMartial Procas est un scientifique reconnu. Sa spécialité : les microbes pathogènes. Beau comme un dieu, il fait courrir le tout-Paris lors de ses conférences universitaires, surtout les Parisiennes. "Son dernier volume sur les cellules phagocytes - 700 pages in-octavo jésus, avec planches en couleurs -, eut le succès d'un roman d'aventures". Mais homme de science avant tout, il ne remarque pas les minauderies des unes et des autres.
Jusqu'au jour où une belle Américaine attire son regard. Et Procas, l'homme d'un seul amour tombe éperduement amoureux de cette aventurière qui ne le mérite pas. Car quelques semaines à peine après le mariage, madame s'ennuie et va voir ailleurs. Quand il s'en rend compte, Procas est victime d'une crise très grave : cas de cyanose dû à un rétrécissement de l'artère pulmonaire. Procas prend une teinte bleue qui ne le quittera plus.

Dès lors, victime de la haine de ses semblables, il doit fuir car "rien n'était impressionnant comme cette face qui semblait celle d'un cadavre en décomposition et qui était cependant éclairée par deux yeux jeunes où se lisaient la douleur de vivre encore et l'exaspération de ne plus compter parmi les vivants... La plume d'un Edgar Poe pourrait seule rendre une telle vision d'épouvante... Cela donnait le frisson et fascinait tout à la fois".

Arnould Galopin nous fait vivre avec beaucoup d'humanité le calvaire de cet homme qui ne trouve la paix nulle part. Partout où il va, ce ne sont que quolibets et moqueries. Bientôt même des menaces car un groupe d'ignorants mené par un escroc l'accuse de meurtre. Le paria ne trouve de réconfort que dans son chien, pauvre être lui aussi abandonné et maltraité. Le jour où l'ignoble boucher tue son chien, Procas jure de se venger en empoisonnant les habitants du quartier "et ce serait la moelle qu'il avait prélevée sur son chien qui recélerait le poison".
Il se livre alors à de minutieuses recherches et à de nombreuses expériences afin de multiplier la virulence des microbes pathogènes. Les rats sont ses cobayes et bientôt, le Bacillus murinus devient extrêmement violent. Quelques jours plus tard, Procas verse une fiole de son poison dans le réservoir de Montsouris...

Je ne vous livrerai pas le fin mot de l'histoire pour ne pas gâcher le plaisir de qui voudrait se plonger dans ce roman d'un des grands maîtres de l'aventure du début du 20ème siècle.

 

L'oeuvre d'Arnould Galopin est parue essentiellement en fascicules, Le bacille faisant exception, paru en 1928 chez Albin Michel. En effet, avec ce roman, l'écrivain délaisse sa plume aventureuse pour se pencher sur le destin tragique d'un homme poursuivi par la vindicte populaire et la haine aveugle des foules.
En 1906 paraît Le docteur Oméga, aventures fantastiques de trois Français dans la planète Mars (un des tout premiers romans d'aventures martiennes), repris en fascicules en 1908-1909 sous le titre Les chercheurs d'inconnu, aventures fantastiques d'un jeune Parisien. Le tour du monde en aéroplane écrit avec le comte Henry de La Vaulx contera cent soixante fascicules entre 1912 et 1914, et Le tour du monde en sous-marin quatre-vingt dix neuf entre 1925 et 1926. Il en aurait écrit plus de deux mille en tout.
Ces écrits pour la jeunesse eurent un immense succès, faisant suite à Jules Verne et s'inscrivant dans la lignée de Paul d'Ivoi et Jean de la Hire. Les héros de Galopin sont généralement de jeunes adolescents vivant mille et une aventures plus ou moins exotiques à un rythme effréné. Ils ont pour modèle le boy scoutt ou l'explorateur courageux.

Malheureusement, la postérité est ingrate avec ses enchanteurs d'hier et jusqu'à récemment, on ne trouvait plus Le bacille ailleurs  que chez les bouquinistes, tout comme les autres oeuvres de Galopin (Le Docteur Omega a cependant été traduit il y a peu aux Etats Unis). Le nom de l'infatigable écrivain ne s'affiche donc pas dans les rues, si ce n'est à Néris-les-Bains, Allier, où il allait chaque années prendre les eaux.

Ses textes populaires ont pourtant jadis enchanté les lecteurs, et non des moindres. 

"Au cours d'une de nos promenades, Anne-Marie s'arrêta comme par hasard devant le kiosque qui se trouve encore à l'angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Soufflot : je vis des images merveilleuses, leurs couleurs criardes me fascinèrent, je les réclamai, je les obtins ; le tour était joué: je voulus avoir toutes les semaines Cri-Cri, l'Épatant, Les Vacances, Les Trois Boys-Scouts de Jean de la Hire et Le Tour du monde en aéroplane, d'Arnould Galopin qui paraissaient en-fascicules le jeudi. D'un jeudi à l'autre je pensais à l'Aigle des Andes, à Marcel Dunot, le boxeur aux poings de fer, à Christian l'aviateur beaucoup plus qu'à mes amis Rabelais et Vigny. Ma mère se mit en quête d'ouvrages qui me rendissent à mon enfance: il y eut "les petits livres roses" d'abord, recueils mensuels de contes de fées puis, peu à peu, Les Enfants du capitaine Grant, Le Dernier des Mohicans, Nicolas Nickleby, Les Cinq Sous de Lavarède. A Jules Verne, trop pondéré, je préférai les extravagances de Paul d'Ivoi. Mais, quel que fût l'auteur, j'adorais les ouvrages de la collection Hetzel, petits théâtres dont la couverture rouge à glands d'or figurait le rideau : la poussière de soleil, sur les tranches, c'était la rampe. Je dois à ces boîtes magiques - et non aux phrases balancées de Chateaubriand - mes premières rencontres avec la Beauté. Quand je les ouvrais j'oubliais tout."
Jean-Paul SARTRE, Les Mots

Chaque jeudi, le petit Jean-Paul allait acheter un ou plusieurs de ces volumes de 128 pages, dont les auteurs sont aujourd'hui totalement oubliés.

Mots-clés : avant 1950 - savant fou

 

Le bacille, Arnould Galopin, L'Arbre vengeur, juin 2011, 217 pages, 13€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 08:00

 

Bouchard-3.gifLondres, 1820. On a attenté à la personne du premier lord, Robert Banks Jenkinson, et ce en plein King’s Theatre malgré un vaste déploiement des forces de l’ordre : des créatures mythologiques effrayantes sont apparues, faisant fuir la foule et permettant au meurtrier de se faufiler jusqu’à l’homme politique. Mais Bogdan est arrêté avant le geste fatidique et interrogé par le philosophe Jeremy Bentham, chargé de l’enquête. Celui-ci comprend immédiatement que le jeune Bogdan n’est qu’un illusionniste capable de suggérer à tout un chacun les fantasmagories les plus horribles.

Poursuivant l’enquête, Bentham part pour l’empire d’Autriche d’où Bogdam est originaire. C’est un long périple européen qui commence, au cours duquel il va rencontrer d’autres jeunes gens aux capacités extraordinaires : Serafim qui voit mieux les yeux fermés et lit dans les pensées, Pavlina qui aime souffrir, Iepistimia à l’incroyable mémoire. Le philosophe découvre qu’ils ont tous été conditionnés, enlevés dès leur plus jeune âge et enfermés sous la surveillance d’un certain abbé noir. Jeremy Bentham monte un spectacle avec eux et ils parcourent ainsi l’Europe de ce début de XIXe siècle afin de débusquer le prêtre maléfique qui cherche à assassiner les hommes politiques les plus influents du moment.

On ne peut pas dire que Nicolas Bouchard manque d’imagination. Il mêle paranormal, philosophie et magnétisme animal afin de doter ses jeunes personnages de capacités hors du commun. Ainsi le lecteur s’interroge-t-il sur l’éducation et plus généralement sur l’origine du mal : l’homme peut-il être élevé afin d’être mauvais ? S’amorce aussi une réflexion sur le potentiel de chaque être : l’homme  peut-il développer certaines capacités inhabituelles s’il est entrainé pour ça ? On comprend bien pourquoi « l’enquêteur » ici est un philosophe, un de ceux qui tournés vers l’homme, cherchent à soulager sa condition. Ainsi a-t-il imaginé le panoptique, modèle de prison idéale, qui jouera un rôle à la fin du roman.

Malheureusement, je n’ai pas cru à cette histoire. Le philosophe m’a d’emblée paru bien trop simpliste, lui qui comprend tout tout de suite mieux que tout le monde (il reconnait même l’hébreu mieux qu’un Juif…). Les épisodes concernant les différents enfants ne m’ont pas intéressée non plus, leur enfance évoquée à travers des épisodes oniriques me semblant trop caricaturale. Idem pour les scènes de combat entre la « troupe du professeur Jeremy et ses fantasmagoriques disciples » et leurs affreux ennemis très méchants. Tout ça m’a semblé simpliste compte tenu de la complexité des idées évoquées.

On ne s’ennuie pas vraiment en raison du rythme soutenu de narration et de l’enchaînement des événements, mais on regrette d’en rester au registre du roman d’aventure.

Mots-clés : pouvoirs surnaturels

De Nicolas Bouchard sur ce blog : L’Empire de poussière / 1Le cercle de myosotis (jeunesse)

 

Panopticon, Nicolas Bouchard, Mnémos, avril 2013, 315 pages, 19€ 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 08:00

Duncan-1.jpgL’engouement pour les vampires ne s’est guère tari depuis Dracula : on a vu des auteurs, des réalisateurs s’emparer du mythe et le décliner sur tous les tons, de l’horrifique au glamour. Le loup-garou a plus marqué le cinéma que la littérature, le cantonnant largement aux films fantastiques plus ou moins réussis, la transformation et la dévoration se prêtant particulièrement aux effets spéciaux du septième art. Glen Duncan arrive donc à point pour renouveler le thème sur le mode romanesque.

Jake Marlowe est le dernier de son espèce, il l’apprend au tout début du roman : son ultime congénère vient d’être tué, mettant ainsi fin à une longue traque. C’est l’OMPPO (Organisation Mondiale pour la Prédation - ou peut-être Promotion… - des Phénomènes Occultes) qui traque les loups-garous, ne laissant rien au hasard. Les Chasseurs qui la composent sont terriblement motivés car touchés par la perte d’un être cher due aux loups-garous.
Jake a décidé d’arrêter, de ne plus lutter. Il est le dernier, il a tout vécu, il est las de la vie, de cette vie bien trop longue.

« J'ai épuisé les différents modes les uns après les autres : hédonisme, ascétisme, spontanéité, réflexion - tous, depuis ce malheureux Socrate jusqu'au porc vautré dans la satisfaction. Ma mécanique est usée. Je ne suis pas taillé pour le rôle. Le ressenti est toujours là, mais j'en suis écœuré. Ce qui constitue en soi un ressenti dont je suis écœuré. J'en ai juste... j'en ai juste assez de la vie. »

Mais son ami Harley qui veille sur lui depuis qu’il lui a sauvé la vie veut le sauver malgré lui, il l’aide à échapper à l’OMPPO dont il fait d’ailleurs partie. Cependant, on comprend progressivement qu’il ne s’agit ni d’une éternelle fuite en avant, ni d’un simple défi entre loups-garous et chasseurs. C’est que ces hommes qui ont voué leur vie à la traque sont sur le point de se retrouver sans rien à traquer : une fois Jake mort, que leur restera-t-il ? Il existe bien des vampires mais leur existence est régie par des lois qui maintiennent l’équilibre. Alors ne serait-il pas plus intéressant que Jake vive ? Voir même qu’il engendre d’autres loups-garous ? Mais depuis deux cents ans, ils ont cessé de se multiplier, les victimes ne survivant plus à leurs blessures en raison d’un virus.

Bien des thèmes sont abordés dans ce roman dense qui traite avant tout de monstruosité. Celui qui m’a le plus intéressée est la jouissance du mal. Car aussi blasé soit-il, Jake jouit encore de la vie grâce à la malédiction. Sous ses oripeaux humains il parvient encore à quelques plaisirs pervers payés à prix d’or, mais c’est quand il se fait loup qu’il savoure pleinement la vie : la dévoration comme plaisir absolu et comme ultime transgression.

Conscient de sa monstruosité, Jake tient son journal pour écrire l’atrocité incarnée : c’est le monstre qui parle. Tour à tour désabusé, cynique, drôle aussi, il  raconte  son passé (sa femme qui fut sa première victime) et ses luttes. Il ne cesse de s’interroger sur  sa raison d’être au monde, sur la nécessaire monstruosité de l’humain. Il ressasse, sur un mode parfois lyrique et un ton très moderne. Car il n’est d’introspection qu’entre une scène de sexe et une autre de violence, toujours ponctuées d’allusions littéraires, musicales ou cinématographiques très connotées.

On est donc bien loin de l’attirail grand-guignolesque que le mythe du loup-garou a parfois engendré. En héros crépusculaire, Jake Marlowe a une consistance évidente. Plus qu’un loup-garou, il est l’homme désabusé : que peut encore apporter la vie à cet homo sapiens-là ? Le sexe, la drogue, la violence, la mort, il a tout essayé et est revenu de tous les plaisirs, de toutes les expériences. Qu’est-ce qui peut encore le faire tenir debout ? Jake Marlowe est la décadence de l’homme moderne fatigué de se prolonger en vain. Il n’y a qu’une chose et une seule qui va lui donner envie de continuer… et qui vaudra une suite à ce brillant premier volume, avec ou sans Jake, à vous de le découvrir.

Mots-clés : loups-garous

 

Le dernier loup-garou (The Last Werewolf, 2011), Glen Duncan traduit de l’anglais par Michelle Charrier, Denoël (Lunes d’encre), janvier 2013, 357 pages, 22.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Lundi 22 avril 2013 1 22 /04 /Avr /2013 00:00

Campbell-1.jpgA la fin des années 70 à Londres, Barbara Waugh est agent littéraire. Elle s’occupe avec passion et professionnalisme de ses auteurs car son travail est toute sa vie depuis qu’elle a perdu sa fille Angela. La petite a disparu neuf ans auparavant alors qu’elle avait quatre ans : un inconnu est venu la prendre à l’école et personne ne l’a jamais revue. Un corps méconnaissable a été identifié comme le sien. Angela était une enfant particulière, très éveillée, qui semblait apaiser son entourage. Elle avait une forte tendance à parler seule, ou avec son père, mort avant sa naissance.

Alors quand quelqu’un appelle Barbara « maman » au téléphone, celle-ci croit d’abord à une mauvaise blague. Mais peu à peu, elle pense reconnaître la voix de sa fille qui appelle encore et encore, toujours très brièvement,  lui demandant son aide. La voix lui donne rendez-vous dans un endroit qu’elle doit deviner. Là, elle rencontre une femme bizarre, Margery, qui lui explique que sa fille aussi a été enlevée par une secte, la secte des gens qui n’ont pas de noms. Margery trouve la mort dans la maison du rendez-vous en tombant dans l’escalier. Puis Barbara rencontre une jeune fille échappée d’une secte. Elle poursuit son enquête avec l’aide de Ted, son amant écrivain.

Ramsay Campbell installe très efficacement son suspens dès le début grâce à un prologue se déroulant en 1940 à la prison de San Quentin : un type qui se fait passer pour un médecin vient visiter un tueur et lui demande de lui détailler par le menu la façon horrible dont il a tué sa victime. Ce n’est qu’à la fin que le lecteur saura qui est ce type, mais on le garde tout le temps à l’esprit. Le lecteur prend bien sûr fait et cause pour Barbara qui a perdu son mari et sa fille. L’incompétence et le désintérêt de la police l’obligent à mener seule son enquête, qui se traine un peu parfois, surtout quand Barbara va inutilement d’un endroit à l’autre.

On s’achemine donc doucement vers un final horrifique, mais pas tant que ça. On ne saura pas grand-chose des intentions de la secte en question, ni même de ses agissements. Pas de descriptions sanglantes, de scènes de torture ou autres, les crimes ne sont qu’évoqués et non décrits. C’en est même un peu frustrant. La scène finale où Angela se débarrasse de ses complices est plutôt expédiée. J’ai trouvé dommage qu’on ne sache rien du cheminement psychologique de la jeune fille, de son endoctrinement, des raisons de son revirement.

J’ai eu moins peur que prévu et sans être totalement déçue, je m’attendais à plus horrible. Ceci dit, je n’ai lu ce livre que pour me préparer à regarder son adaptation par Jaume Balagueró.

Mots-clés : horreur

 


La secte sans nom (The Nameless, 1981), Ramsey Campbell traduit de l’anglais (américain) par Gérard Coisne, Presses Pocket, septembre 1989, 345 pages, épuisé dans cette édition

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 00:00

Willow-Wilson.jpgIl ne s’appelle pas vraiment Alif car il doit se cacher, être invisible. Hacker de profession dans une ville indéterminée du Moyen-Orient, il protège tous les internautes qui le lui demandent, des islamistes aux communistes en passant par les pornographes. La censure, Alif et les gray hats n’aiment pas, quelle qu’elle soit. Il a mis au point des systèmes qui lui permettent de voir venir la Main de la censure, avant qu’elle ne se referme et détruise irrémédiablement.

C’est sur le net qu’Alif a rencontré Intisar dont il est amoureux. Belle, intelligente, cultivée, la jeune aristocrate a tout ce qui fait fantasmer le jeune homme, plus un père qui du jour au lendemain décide de la marier avec un de ses puissants amis. La princesse Intisar n’est pas faite pour Alif le sang-mêlé, mi-indien, mi-arabe, qui lui a quand même pris sa virginité.

Parce qu’elle lui demande de ne plus entrer en contact avec elle, Alif perfectionne un programme qui permet de révéler l’identité des gens grâce à ce qu’ils tapent sur leur clavier. Mais voilà que la Main parvient à s’en emparer et même à l’exploiter. Alif doit fuir car la Main n’est autre que le promis d’Intisar qui cherche à récupérer un livre que la belle lui a remis. Livre ancien qui aurait été écrit par les djinns. Ça, c’est ce qu’affirme Vikram le Vampire, un djinn en fait, qui vient en aide à Alif et à sa voisine Dina qui l’a protégé et s’est enfuie avec lui. L’Alf Yeom se présente comme un recueil de contes aux sens multiples. La Main pressent qu’il pourra l’utiliser « pour créer une méthodologie de codage totalement neuve, une sorte de superordinateur construit à partir de métaphores ». Cet homme-là a bien compris le pouvoir de la littérature…

On peut lire Alif l’Invisible sous plusieurs angles. Comme un roman d’aventure bien sûr, mais aussi comme un reflet de la société arabe actuelle, ou d’une certaine société, celle qui a éclos du printemps arabe.

G. Willow Wilson brosse dans ce roman les portraits de plusieurs femmes, toutes voilées mais aux parcours totalement différents. Intisar la princesse et Dina la fille du peuple sont les deux principales, mais la plus intéressante est l’universitaire américaine convertie à l’islam (tout comme l’auteur). Ces trois musulmanes, toutes voilées soient-elles, ne sont pas silencieuses et obéissantes. A travers elles, G. Willow Wilson modernise l’image de ces femmes qui ne manquent pas de caractère.
Le cheikh Bilal, gardien de la mosquée, participe lui aussi à cette image renouvelée de l’islam. Ce vieil homme très compréhensif cache Alif en fuite, lui permet d’échapper aux agents de la Sûreté de l’Etat. Homme de dieu et de foi oui, mais pas islamiste borné et intolérant.

On comprend l’importance d’Internet, et surtout des pirates dans la propagation des idées. Pour les femmes, c’est un lien social essentiel comme on le voit à travers le personnage d’Intisar, jeune femme voilée et soumise à l’autorité paternelle mais qui chate avec des hommes et va jusqu’à rencontrer Alif et coucher avec lui. Tout le monde est connecté dans la Cité, même le cheikh de la mosquée. Internet et les réseaux de communication sont un moyen de communication qui échappe à la censure, crée du lien et permet l’échange d’idées.

Même s’il est clair que G. Willow Wilson souhaite faire passer un message sur l’Islam, les femmes et l’importance des réseaux sur internet, elle ne fait pas d’Alif un aktivist :

« Abdullah, NewQuarter01, lui-même et tous les autres étaient des pirates, le soir venu, non des révolutionnaires. Autant il détestait l’Etat, autant l’idée d’une confrontation physique le rendait malade. »

C’est un geek, pas un terroriste. Ainsi l’auteur évite-t-elle le roman politique pour privilégier l’action, le merveilleux oriental et l’intrigue sentimentale. Tous ces jeunes gens si tolérants, on aimerait y croire…

A noter que quelques points de traduction m’ont agacée : certains mots arabes sont traduits, mais pas d’autres. « J’ai mangé son qatayyef » : c’est quoi ? Par contre, on nous explique ce qu’est du saag paneer. Plus embêtant : Alif le sang-mêlé demande à Dina : « Tu les vois m’embaucher au CityCom ou à la Royal Bank ? », à quoi elle répond : « oui, comme chaiwallah ». Si c’est une blague, elle est incompréhensible…
Autre problème : Alif a prêté un livre à Dina. Quand les jeunes gens en parlent, ils l’appellent La Boussole d’or. Or, en français, La Boussole d’or est le titre du film adapté du premier tome de la série de Philip Pullman, A la croisée des mondes. Ce premier tome s’intitule Les Royaumes du Nord en français (The Golden Compass aux Etats-Unis). Agaçante approximation.

Alif l’Invisible n’est pas un roman social, c’est d’abord un roman d’aventure au cours duquel les jeunes héros doivent faire face à de multiples dangers qui pousseront Alif hors de son quartier jusqu’à la prison d’Etat, en passant par le désert, le Quartier Vide où vivent djinns, marids et autres effrits… Le merveilleux oriental côtoie la technologie informatique la plus moderne. G. Willow Wilson réenchante le monde arabe moderne en puisant à ses propres sources. Ainsi le lecteur se laisse-t-il emporter par une succession d’événements au rythme soutenu qui sont autant d’épreuves d’un conte contemporain qui, comme ceux de jadis, donne à réfléchir sur le monde.

Mots-clés : mondes virtuels 

 

Alif l’invisible (Alif the Unseen, 2012), G. Willow Wilson traduite de l’anglais (américain) par Florence Berthon, Buchet Chastel, avril 2013, 367 pages, 19€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Jeudi 4 avril 2013 4 04 /04 /Avr /2013 00:00

Beugras.jpgParmi les petits trésors que les éditions de L’Arbre vengeur déterrent régulièrement, en voilà un qui m’était totalement inconnu et me réjouis. Il s’inscrit dans la veine des romans intrigants, volontiers labyrinthiques et oppressants, héritiers à la fois de Kafka et des surréalistes. Quand Isidore Duval arrive dans une ville inconnue, sans savoir qui il est, d’où il vient et où il va, c’est Le procès qui vient immédiatement à l’esprit. Mais le ton général, et surtout les personnages à la fois banals et inquiétants, me rappellent aussi certains protagonistes de Marcel Béalu, comme cet oculiste qui ne vend pas des lunettes mais des yeux (in « L’Expérience de la nuit »).

Pour son plus grand malheur, Isidore Duval descend du train à une gare inconnue de lui. Il se perd dans le brouillard en essayant de rejoindre la ville. Quand il la trouve enfin, rien ne s’arrange : on lui explique qu’il n’y a pas de gare, pas d’ailleurs, nulle part où aller. D’ailleurs lui, d’où vient-il ? Voilà qu’il ne le sait plus… Alors qu’il croyait se connaître, Isidore Duval découvre qu’il ne sait plus rien sur lui-même. Il a beau interroger les habitants, tous semblent aussi vierges d’expériences et de souvenirs.

Le brouillard fait ici office de lieu de passage, de transition entre le monde réel et un monde urbain deshumanisant. En ville, Isidore Duval n’est plus personne, à peine un humain de plus. On lui ôte toute responsabilité, tout libre-arbitre, il ne peut que travailler pour ne pas tomber dans la misère. Il refuse pourtant de porter un masque comme tout le monde car il veut affirmer son individualité.

Le système presque totalitaire imaginé par Henri Beugras n’est pas dénué d’ironie notamment dans la description du culte que les habitants vouent au voyage et au train comme quasi lieu mystique. C’est que s’il est interdit de parler d’un ailleurs possible, personne ne se prive de le rêver, de s’imaginer un avenir meilleur ailleurs. C’est en imaginant qu’un jour ils pourront mener une autre vie que la plupart des gens supportent celle qu’ils vivent. Isidore Duval ne veut pas que cet optimisme vital reste un vain mot : à la différence de bien des gens, il agit pour rendre possible cet avenir meilleur. Un activisme très mal vu dans une société qui ne souhaite qu’entretenir le rêve sans surtout jamais le voir se réaliser. Ce qui n’est finalement pas si éloigné d’une certaine aliénation moderne par la société de l’Entertainment.

Ce court roman est paru pour la première fois en 1963 (donc avant la série télévisée "Le Prisonnier" à laquelle on pense forcément) et Henri Beugras n’a jamais récidivé. C’est bien dommage, il a le sens de l’inquiétant.

Mots-clés : inquiétante étrangeté

 

Le brouillard, Henri Beugras, L’Arbre vengeur, février 2013, 158 pages, 12€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Dimanche 31 mars 2013 7 31 /03 /Mars /2013 00:00

Sfar.jpg Dans la course à la publication d’un premier roman, certains auteurs ont plus de chance que d’autres. Ainsi, il n’est ici besoin que de quelques mots en quatrième de couverture pour allécher l’éventuel lecteur : "Les vampires, ça n’existe pas. La psychanalyse, ça ne marche pas. On était vraiment faits pour se rencontrer. Le premier roman de Joann Sfar".

Joann Sfar aime les vampires, les petits et les grands. Il adapte ses BD pour les écrans, petits et grands. Et adaptera lui-même L’Eternel en série télévisée. Ça ressemble à un succès programmé. Et ça me donne envie d’y aller voir même si je n’apprécie pas son graphisme bien particulier et que la vague vampirique est déjà passée de quelques mois, voire quelques années.

L’éternel a au moins une qualité : c’est un roman vampirique vraiment original. Avant lui, je n’avais jamais croisé de vampire juif, jamais. Là, Ionas Fuhrman est Juif avant d’être vampire, forcément, puisqu’il est d’abord vivant. Tout commence en 1917 alors que les Cosaques zaporogues, chers à Guillaume Apollinaire, affrontent l’armée allemande et que Ionas,  jeune officier de l’armée russe laisse la vie sur le front d’Ukraine. Tandis que son frère Caïn se planque puis part retrouver la promise de Ionas, Hiéléna. Ce queutard invétéré décide d’épouser la presque veuve, tandis que le mort se réveille avec la ferme intention de retrouver sa belle, sa douce, son aimée. Haydée, fille à soldats enceinte des œuvres de Caïn, ressuscitera aussi, de même que sa sœur Mérij, celle-ci sous forme de mandragore.

Haydée et Ionas feront quelques dégâts parmi la population d’Odessa, par simple volonté d’être aimés. On les retrouve tous deux quatre-vingt-quinze ans plus tard à New York, toujours aussi vampires. Ionas y rencontre Rebecka Streisand, la psychanalyste de la quatrième de couverture, qui vient d’enterrer sa rock star de mari suicidé. Et si Rebecka aidait Ionas à retrouver son passé et celui qu’il était avant de mourir ? Ainsi mettrait-il peut-être fin à une longue errance et à une culpabilité maladive.

Difficile de demander à la littérature fantastique d’être rationnelle, ou logique. Mais enfin, il s’avère tout de même difficile de suivre une histoire aussi dispersée que celle-là. Le mélange de la tradition juive et du mythe vampirique déstabilise agréablement, mais le récit lui-même s’éparpille et traine parfois en longueur. Les premières scènes de bataille sont saisissantes et d’une vulgarité provocante. Mais ensuite, pour quelques scènes intéressantes à Odessa, beaucoup de tergiversations autour de Ionas qui va, ou pas, retrouver Hiéléna. L’humour compense un peu l’ennui qui pointe : Ionas qui mord ses victimes aux doigts de pieds pour ne pas laisser de traces, le rabbin qui l’affronte armé de sa seule mandarine. Mais pas de quoi rire à gorge déployée.

Seconde partie. Joann Sfar se lâche plus franchement, n’hésite pas à ressortir Lovecraft d’un placard (pas en vampire non, mais en très vieux prof de l’université Miskatonic d’Arkham). Le délire devient plus évident, voire même carrément foutraque avec loup-garou, créature amphibie et voyage dans le passé à travers Ionas devenu « vaisseau-vampire en vêtement pour dame ».

Ionas réunit deux personnages mythiques qui ne peuvent mourir : le vampire et le Juif errant. Il n’arrêtera jamais ni de chercher un endroit pour vivre, ni de s’interroger sur la raison de sa présence au monde. Il est devenu celui que son peuple désigne comme l’Eternel, qui jamais ne meurt ni ne répond aux questions. Le rôle de la psychanalyse dans cette quête reste des plus flou ici tant Rebecka Streisand est un personnage improbable. Plus encore que l’absence de descriptions et de contexte, ce sont ces personnages absurdes et décousus qui m’ont contrariée, puis ennuyée. Ils sont tous très improbables et à part Lovecraft franchement barré, on ne sait que penser des autres.

Un premier essai qui ne marquera pas la littérature de genre…


Mots- clés : vampires

 

L’Eternel, Joann Sfar, Albin Michel, avril 2013, 454 pages, 22€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 00:00

Zito.jpg

Nous sommes en 2018. Les Etats-Unis sont coupés en deux : à l’ouest du Mississipi, c’est le royaume des morts, ou plus exactement des ressuscités. Ne vivent là que des morts revenus à la vie et affamés de chair humaine. Enfin il y a aussi Marco, le docteur Henry Marco, ancien neurologue reconverti en tueur de zombies depuis la catastrophe de 2014.

Il n’avait pas grand-chose avant, mais le peu qu’il avait, sa femme Danielle, il l’a perdue. Il accomplit donc des missions en zone infestée pour le compte de particuliers de la zone libre. Il renvoie les morts là d’où ils viennent, les tuant une seconde fois, proprement d’une balle dans la tête, pour qu’ils cessent d’être ces créatures sanguinaires et répugnantes. Un boulot comme un autre quand on est définitivement seul. Un boulot certes dangereux, mais qui permet aussi à Marco de chercher Danielle, qui est morte le jour de la catastrophe et qu’il souhaite renvoyer elle aussi, pour lui apporter la paix éternelle.

A force de côtoyer les zombies, il sait comment ils fonctionnent, il a compris qu’ils sont guidés par une géographie émotionnelle, sentimentale et inconsciente, qui les fait retourner sur les lieux où ils ont été heureux. C’est comme ça que Marco les retrouve et les tue pour de bon.

Jusqu’au jour où il est contacté par un type de la sécurité intérieure, un type vraiment désagréable qui lui confie une mission qu’il ne peut refuser sous peine de voir mourir son contact en zone libre qui est aussi son beau-frère. Il doit retrouver Roger Ballard, un scientifique qui a mené des recherches sur le virus à l’origine de la mutation avant de mourir. Il aurait travaillé sur son propre ADN à la mise au point d’un vaccin. Marco doit donc se rendre en Californie, à la prison médicale de Sarsgard, où a été vu pour la dernière fois son ancien collègue, avec lequel il n’a pas que des liens professionnels.

Il sera accompagné de Wu, un espion et assassin chinois qui se fait passer auprès de Marco pour son protecteur mais qui cherche à récupérer le vaccin, ou au moins les recherches de Ballard, pour son pays afin qu’il puisse commercialiser le vaccin quand l’épidémie touchera le monde entier.

Voilà un roman de zombies qui m’a semblé intéressant sur plusieurs plans. D’abord, il sait varier les registres, même si le principal est l’action : beaucoup de combats et de courses-poursuites, l’auteur s’est appliqué à placer son héros face aux zombies dans les pires conditions qui soient : sous l’eau, dans les flammes, les mains menottées à un quad, dans un embouteillage inextricable, à un contre cinq cents. Beaucoup de bastons, souvent au corps-à-corps, mais ce Marco est un dur à cuir. Certaines scènes de dévoration bien crades dégouteront ou séduiront, c’est selon.

Autre intérêt : le personnage est intéressant, il trimballe un passé douloureux qui ne se dévoile que petit à petit. Un désabusé qui n’a plus rien à perdre, mais qui conserve une certaine morale. C’est un type fracassé qu’on a envie de suivre, dont on veut connaître le passé et les failles. Bref, une bonne dose d’humanité et de tristesse qui emporte l’adhésion. La bande-annonce ci-dessous traduit très bien l’atmosphère nostalgique qui imprègne tout le livre, mais ne rend pas du tout compte des combats acharnés qui se succèdent.

La description du pays retournée à la barbarie est intéressante, on s’aperçoit d’ailleurs que Marco n’est pas le seul à vivre dans cette zone infestée. Ce qu’on devine de la zone libre donne envie d’en savoir plus : dictature, espionnage des états et des groupes autour d’un éventuel médicament, mafia et compromission à tous les étages. C'est la fin définitive du rêve américain, le repli vers l'est.

 

 

Pas grand-chose de nouveau dans le genre roman de zombies mais une ambiance et un personnage central qui stimulent l’intérêt et soutiennent l’attention du début à la fin.


Mots-clés : zombies

 

L’homme des morts (The Return Man, 2012), V.M. Zito traduit de l’anglais (américain) par Patrick Imbert, Calmann-Lévy (Orbit), mars 2013, 369 pages, 20.90€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 00:00

Bertante.jpgL’apocalypse a aussi atteint l’Italie. Voici donc une version italienne de l’après catastrophe, la deuxième qui nous parvienne, je crois.

Faisons court puisque nous sommes en territoire connu : récession, crise financière, faillite des banques puis chômage, pillages et retour à la sauvagerie, sauve qui peut. Tout ça n’est qu’évoqué car le roman s’ouvre sur le village montagnard isolé de Piedimulo, trois ans après la catastrophe. La communauté vit en autarcie et subvient à ses besoins sous la gouverne juste et ferme d’Alberto. Le seul moyen d’accès, un tunnel, a été obstrué. A force de travail et de discipline, les villageois s’en sortent. On n’est pas bien loin de la communauté idéale.

Mais voilà que surgissent les pillards qui ne font qu’une bouchée de ceux qui tentent de s’opposer à eux. Ils sont la force brute, sans scrupules ni sentiments. A leur tête Fosco, le plus taré de tous, bien sûr. Il fait tuer Alberto et sa femme, couche Giovanna dans son lit et enferme Diana dans la vieille église parce qu’il n’est pas bien certain que les malédictions de celle qu’il voit comme une sorcière ne lui portent pas malheur.

Nina, treize ans, parvient à fuir le massacre des siens et à se réfugier dans la montagne, au-delà du ruisseau symbolique qui partage le territoire des hommes de celui des loups. Elle rejoint Alessio dont son grand-père lui a révélé l’existence solitaire. L’homme vit avec ses loups Tito et Alma, loin du monde des hommes. Il accepte cependant la jeune fille qui à la fin du long hiver est devenue sa maîtresse.

J’ai trouvé ce roman assez fade, à la fois dans l’écriture et dans le contenu. La petite communauté qui vit comme si rien ne pouvait lui arriver, les gentils grands-parents, l’homme bourru qui s’apprivoise, les pillards et leur chef mégalomane et violent : tout ça est assez convenu. L’originalité réside dans la relation entre Nina et les loups, qui n’est cependant guère développée. Au-delà, la nature tient une place importante dans le roman, elle est beaucoup décrite dans ses interactions avec les hommes, à la fois menaçante et salvatrice. Je suis malheureusement peu sensible à cette thématique qui m’ennuie rapidement.

Les personnages sont à l’avenant, assez traditionnels. J’ai eu du mal à croire en l’histoire d’amour entre Nina et Alessio et trouvé le dialogue final entre eux très peu naturel.  Leur relation aurait mérité un peu plus d’intensité pour être crédible à mes yeux.

Puisqu’en ce début d’année sortent deux romans italiens dans le genre post-apocalyptique, ma préférence va à L’homme vertical de Davide Longo.

Mots-clés : post apocalyptique

 

Nina des loups (Nina dei lupi, 2011), Alessandro Bertante traduit de l’italien par Jean Justo Ramon, Fleuve Noir, mars 2013, 248 pages, 18.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 00:00

Bender.jpgQuel ennui que ce livre-là ! Qui pourtant ressemble de loin (quand on ne l’a pas encore ouvert) à une douce fable sur l’enfance et la différence.

Rose a neuf ans quand elle découvre, après l’ingestion d’un gâteau au citron maternel, qu’elle peut deviner les sentiments des gens en mangeant leur cuisine. C’est ainsi qu’elle comprend à douze ans, grâce à un regain d’enthousiasme  et de joie de vivre dans les plats, que sa mère a un amant. Elle devine que l’omelette a été faite avec des œufs du Nebraska pondus par des poules neurasthéniques et ramassés par des ouvriers clandestins épuisés. Du coup, rien ne lui plaît plus que la nourriture industrielle. Car l’expérience se réitère à chaque repas. Bon. Ça peut devenir lassant. Et ça le devient.

Alors Rose a un frère plus vieux qu’elle, Joseph, un génie incompris du  genre qui vit enfermé dans sa chambre à penser à des trucs très puissants. Mais les facs ne veulent pas de lui. Ce qui n’est pas plus mal parce que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est la solitude. Pour pouvoir disparaitre tranquillement, sans que personne ne le cherche.

En fait, il ne fait pas que disparaître Joseph, il va bien au-delà. Et ce que son super-pouvoir à lui lui permet de faire est juste… complètement ridicule. Un roman sur la difficulté d’être à l’adolescence, soit, mais on tombe avec Joseph dans le n’importe quoi.

Je suis certainement passée à côté de « la magie de l’enfance », de l’entrée dans l’adolescence…etc., mais Rose racontant ses journées, ses repas, sa maman, son papa, sans que rien ne survienne, c’est ennuyeux. Rose ne fait rien de son don, elle n’en parle quasiment pas. Les personnages n’ont aucun relief et donc aucun intérêt.

Je lis partout que c’est un roman attachant. Ça doit être ça mon problème : je déteste cet adjectif…

Mots-clés : pouvoirs surnaturels

 

La singulière tristesse du gâteau au citron (The Particular Sadness of Lemon Cake, 2010), Aimee Bender traduit de l’anglais (américain) par Céline Leroy, L’Olivier, février 2013, 343 pages, 22.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans adultes
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