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avatar-blog160 Bienvenue dans Mes Imaginaires, les chroniques littéraires de Sandrine Brugot Maillard depuis janvier 2004. Chroniqueuse littéraire, formatrice et membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire, je ne traite ici que de littératures de l'Imaginaire.

Bibliothécaire en disponibilité, je suis aujourd'hui formatrice et animatrice de débats, tout genre littéraire confondu.

Romans Jeunesse

Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 08:00

 

Barron-1.jpgIl est de grands hommes dont on sait peut de choses, comme Jésus, ou Merlin… Et on en sait encore moins sur l’enfance du magicien que sur celle du prophète, il est donc logique que des écrivains amateurs de légende arthurienne s’emparent du mythe pour broder et remplir les blancs de la fiction. Ainsi T.A. Barron lui invente-t-il un passé en lui inventant une enfance à partir de celui qu’il est devenu.

"Quand je me suis plongé dans les légendes traditionnelles, je n'ai rien trouvé sur la jeunesse du personnage. Cette époque de formation, où il a vraisemblablement découvert ses origines, son identité et ses pouvoirs, n'était mentionnée que fugitivement - lorsqu'elle l'était. De ses premiers chagrins, de ses premières joies et de l'acquisition des premières parcelles de sagesse, on ne savait rien.
La plupart des récits traditionnels suivent la même approche que Thomas Malory et passent cette période sous silence. Quelques-uns parlent de sa naissance, de sa mère tourmentée, de son père inconnu et de sa précocité - dans un de ces récits, on raconte qu'il se serait mis à parler à l'âge d'un an pour prendre la défense de sa mère. Ensuite, on ne sait plus rien de lui, jusqu'au jour où on le voit en train d'expliquer le secret des dragons au perfide roi Vortigern."

Tout commence alors qu’à sept ans, il échoue sur une plage du Pays de Galles en compagnie d’une femme, Branwen. Elle lui dit qu’il s’appelle Emrys et qu’elle est sa mère mais il ne la croit pas. Ils vivent ensemble pendant des années dans un petit village où ils ne sont pas bien intégrés, Emrys devant supporter l’inimitié des sales gosses locaux qui les traitent de sorciers lui et sa mère. Il faut bien dire qu’il fait parfois preuve de capacités étranges… Suite à un accident alors qu’il sauve Branwen condamnée au bûcher, il devient aveugle mais acquiert un don de double-vue qui lui permet de voir différemment, plus loin et plus profondément.

A l’âge de douze ans, il décide de quitter sa mère et son village pour partir à la recherche de ses origines dont Branwen refuse de lui parler. Il prend la mer et échoue sur l’île de Fincayra, lieu intermédiaire entre la Terre et l’Autre Monde. Dans la forêt menacée de la Druma, il rencontre Rhia, jeune fille qui parle aux arbres, Fléau, un faucon hargneux, Shim le nain. Ce monde est en sursis, menacé par son roi, Stangmar. Celui-ci cherche à s’emparer d’un dernier talisman, le galator, le plus puissant des anciens trésors de Fincayra afin que son pouvoir soit total. Ce talisman est accroché au cou d’Emrys car Branwen le lui a donné avant son départ. Stangmar lance donc ses gobelins sur les traces du jeune garçon ; ils doivent le rapporter au Château des Ténèbres.

Les amateurs de légende arthurienne apprécieront sans doute ce premier tome et l’imaginaire de T.A. Barron. Tout ce qu’il imagine semble naturel, comme s’il s’agissait de la réécriture moderne d’une histoire ancienne. Le jeune Emrys est en accord avec la nature, il la respecte et apprend à se mettre à son écoute. La modernisation du personnage pour le rendre actuel passe par la découverte de pouvoirs magiques qu’il ne maîtrise pas encore et qui commencent par causer son malheur. Comme d’autres jeunes héros d’aujourd’hui, il forme une équipe avec des compagnons de rencontre et doit affronter des périls au cours de sa quête des origines. Des éléments qui ne pourront que séduire les jeunes lecteurs désireux d’approfondir la personnalité de ce magicien mythique. T.A. Barron prend son temps (et il en a puisque douze tomes sont prévus pour réinventer cette jeunesse), il donne beaucoup de détails, décrit et les lieux et les personnages pour leur donner une véritable identité. Certains passages sont donc plus descriptifs que d’autres qui mettent l’accent sur les péripéties. Cette alternance ne nuit pas au roman, mais pourra lasser les jeunes lecteurs qui privilégient l’action.

Mots-clés : légende arthuriennemages et magiciens

 

Merlin – 1 : les années oubliées (The Lost Years of Merlin, 1996), Thomas Archibald Barron traduit de l’anglais (américain) par Agnès Piganiol, Nathan, janvier 2013, 359 pages, 15.50€

 

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Dimanche 5 mai 2013 7 05 /05 /Mai /2013 07:00

 

Bacigalupi.jpgNailer est un jeune ferrailleur : il récupère des pièces sur des super tankers échoués sur la cote. Métier dangereux, qu’il pratique en équipe. La loyauté de chacun se signe dans le sang et pourtant, Sloth refuse de l’aider au moment où il risque sa vie en tombant dans une réserve de pétrole, dans les entrailles d’un cargo. C’est que ce pétrole peut la rendre riche, très riche même et la dispenser à tout jamais de ces épaves où elle risque sa vie. Mais Nailer a de la chance et parvient à s’en sortir. Le sort que les autres coéquipiers et le chef réservent à Sloth est beaucoup moins enviable…

Mais existe-t-il un destin enviable sur cette plage de misère ? Les gens s’entassent dans des taudis, mangent à peine et se tuent pour des compagnies lointaines qui récupèrent le fruit de leurs récoltes sur les bateaux. Le père de Nailer, Richard Lopez, est un de ces individus devenus incontrôlables et très violents. Nailer le craint plus que tout.

Mais la chance de Nailer semble avoir enfin tourné. Alors qu’il échappe à une terrible tempête, une de ces tueuses de villes, il découvre un magnifique bateau échoué, un de ces clippers tout en voiles et en légèreté qui le font rêver. C’est une prise unique, remplie de biens qui feront sa fortune à lui et à sa coéquipière Pima. Alors qu’ils sont sur le point de couper les doigts du cadavre d'une jeune fille pour récupérer des bagues en or, celui-ci ouvre les yeux. Cette richarde, Nita, se dit héritière d’un groupe puissant, recherchée par son père sur ses traces grâce à son GPS. Mais les jours passent et le seul père qui se pointe à l’horizon est celui de Nailer, qui fait bien sûr main-basse sur le clipper et sa passagère.

Paolo Bacigalupi situe l’action de son roman dans le golfe du Mexique. Les villes côtières de la Louisiane (quatrième état producteur de brut) ont disparu, englouties par la montée des eaux. Les super tankers échoués témoignent de la fin de l’ère pétrolière, et les créatures mi-hommes, mi-bêtes des progrès de la génétique. La société elle, n’a guère changé : les pauvres se battent toujours pour survivre, se tuent au travail pour engraisser de lointains patrons. Entre les deux, des profiteurs sans scrupules.

Celui qui fit une entrée fracassante en littérature de l’Imaginaire et suscita l’enthousiasme (pas le mien) avec La fille automate revient avec ces Ferrailleurs des mers, roman étiqueté Young Adults mais lisible par tous.  Malgré un contexte original, prolongement envisageable de la situation actuelle, l’histoire de Nailer ne m’a pas passionnée. Comme dans bien des romans actuels pour adolescents, ces jeunes gens luttent pour leur liberté et leur survie dans un monde hostile, Nailer pour s’affranchir de son père autant que de la misère. Le récit et le rythme se traînent et les personnages sont assez quelconques. De nombreuses pistes intéressantes demeurent dans l’ombre : le fonctionnement des grands groupes, la famille et les intérêts de Nita (quelles rivalités opposent les clans ? quels dangers Nita court-elle et pourquoi ?) et surtout la personnalité énigmatique de Tool, l’homme chien sans allégeance. Les personnages ne sont pas assez développés à mon goût.

Souhaitons que la suite, annoncée en France pour novembre 2013, soit plus convaincante.

Mots-clés : dystopie

 

Ferrailleurs des mers (Ship Breaker, 2010), Paolo Bacigalupi traduit de l’anglais (américain) par Sara Doke, Au Diable Vauvert, avril 2013, 395 pages, 18€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Jeudi 11 avril 2013 4 11 /04 /Avr /2013 10:30

Carman-1.pngJacob Fielding, lycéen de quinze ans, vient de perdre son père adoptif dans un accident de voiture dont lui est sorti indemne. Juste avant de percuter l’arbre fatal à cent kilomètres heure, M. Fielding a prononcé une phrase mystérieuse : « tu es indestructible ». Ce sont ces mêmes mots que Jacob écrit sur le plâtre d’Ophélia James, dite Oh, une nouvelle arrivée au miteux lycée catholique Sainte-Croix pendant la semaine d’absence qui a suivi son deuil. Il est immédiatement attiré par cette fille superbe que lui présente son seul ami Milo.

Les trois adolescents comprennent bientôt que Jacob détient un pouvoir, celui de l’indestructibilité et qu’il peut le passer momentanément à d’autres personnes. Pour leur sauver la vie par exemple. Oh, un brin casse-cou, se livre à toute sorte d’expériences sur son skate, pour éprouver enfin des sensations inédites sans crainte de se blesser. Mais bientôt, elle se met en tête de sauver des personnes en danger : elle se branche sur les infos en continue pour que Jacob passe son pouvoir à des gens menacés de mort imminente. Sans en comprendre la raison, Jacob sent que son pouvoir a d’autres implications, qu’il devient furieux à chaque fois qu’il le passe à quelqu’un, même pour une courte période.

Ce roman est construit comme un compte à rebours : Jacob, la narrateur, informe le lecteur dans les premières pages qu’il est dans une situation très dangereuse et les chapitres suivants remontent le temps depuis treize jours avant cette situation. De quoi attiser le suspens et créer un bon page turner. Qui se double de quelques réflexions sur le hasard, le pouvoir, la mort : qui peut défier la mort et pourquoi ? Quelle légitimité y a-t-il à utiliser un pouvoir d’indestructibilité sur telle personne plutôt qu’une autre ?

Quelques longueurs cependant, notamment quand les jeunes gens testent les possibilités engendrées par ce nouveau pouvoir : peut-on le passer à n’importe qui, à distance, à plusieurs personnes… ? Ils se blessent, se mettent dans des situations dangereuses pour découvrir jusqu’où ils peuvent aller.

Treize jours avant minuit est un traditionnel roman de lycéens américains qui se trouvent pris dans une aventure qui les dépasse. A ce titre, il ne manque ni d’action ni d’une intrigue sentimentale, éléments de base auxquels s’ajoute une amorce de réflexion sur l’exercice du pouvoir.

Mots-clés : pouvoirs surnaturels

 

Treize jours avant minuit (Thirteen Days to Midnight, 2010), Patrick Carman traduit de l’anglais (américain) par Danièle Laruelle, Bayard Jeunesse, mars 2013, 301 pages, 14.90€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Lundi 8 avril 2013 1 08 /04 /Avr /2013 14:30

Larzem-2.jpgMina, jeune Tsigane de seize ans doit fuir avec sa mère Liuda pour échapper encore et toujours à la violence qui se déchaîne contre leur peuple. Depuis que Dvorek, le père de Mina, est mort en essayant de défendre une enfant attaquée après des soudards, les deux femmes sont des proies faciles. Après un long périple durant lequel elles sont suivies et harcelées par des loups, elles trouvent refuge dans les Carpates, dans une vallée aussi tranquille que possible pour elles. Ce qui n’exclue pas les insultes des uns et les tentatives de viols des autres, surtout de trois frères ivrognes et dégénérés. Elles ne sont pas les bienvenues dans la vallée, mais elles y sont tolérées car Mina a sauvé Adrian, le fils du bourgmestre, de la noyade.

Arrive un jeune mercenaire solitaire, Viorel, qui se met au service du village pour lutter contre des raids ottomans qui mettent la région à feu et à sang. Le jeune homme se rapproche des deux femmes, en particulier de Liuda. Mina se lie d’amitié avec Adrian et vit relativement heureuse si ce n’est les apparitions d’un homme en armure rouge qui hante ses rêves, en plus du lancinant souvenir de son père bien aimé. L’apparition a pour nom Vlad Tepes : c’est au pied de son château en ruine que Mina et sa mère se sont installées.

J’ai trouvé ce roman dynamique par bien des aspects. D’abord l’écriture de François Larzem est fluide, elle change de rythme, s’accélère quand il faut ou prend parfois son temps. Ce qui m’a semblé le plus intéressant c’est que l’auteur nous entraîne là où on ne l’attend pas. Par exemple, on croit voir venir une romance entre Mina et Viorel, mais non. On croit avoir à faire au retour des vampires qui s’abattent sur les villages de montagnes, et voilà qu’il s’agit aussi et surtout de loup-garou. J’aime être surprise et je l’ai été. Et les réécritures de contes traditionnels comme « Le Petit chaperon rouge » ou « Les trois petits cochons » sont réjouissantes.

François Larzem s’empare donc des origines du mythe de Dracula avec originalité, pour proposer aux lecteurs adolescents une héroïne forte ainsi qu’une solide intrigue.

 

Mots- clés : vampires - loups-garous

 

De François Larzem sur ce blog : Milo Forest / 1 

 

La griffe et le sang, François Larzem, Le Pré aux Clercs (Pandore), mars 2013, 307 pages, 16€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Jeudi 28 mars 2013 4 28 /03 /Mars /2013 08:00

Robberecht.jpgChuong, seize ans et d’origine vietnamienne, vit désormais sur Reborn. Pollution et montée des eaux ayant eu raison des humains, ceux-ci cherchent à se réfugier sur cette planète habitable nouvellement découverte. Tout s’est bien passé pour les premiers candidats, puis des barrières ont été érigées, des permis demandés : tout le monde n’est pas bienvenu sur Reborn. Chuong et ses parents quittent la Terre clandestinement dans les années 2060. Ils passent un an dans un camp puis sont renvoyés sur Terre. Chuong parvient à échapper aux gardiens  et à rester sur Reborn. Dès lors, il est un invasif, sans identité reconnu, un délinquant traqué par des robots intercepteurs qui contrôlent l’identité des habitants et capturent les indésirables comme lui.

Quand le lecteur rencontre Chuong, il vient en aide à une vieille dame, Angèle, qui vient d’être sévèrement frappée chez elle et laissée pour morte. Il appelle la police et signe ainsi la fin de sa clandestinité. Il est arrêté et fait le récit de sa vie aux inspecteurs Jarvis et Vacarello.

Thierry Robberecht utilise le thème désormais classique de l’humanité en exil pour aborder le racisme et l’intolérance. Cette nouvelle Amérique qu’est Reborn ne tarde pas à se faire protectionniste et les plus démunis n’y ont pas de place. Le sénateur Newman fait figure d’ultra, mais quelques notes d’espoir sont permises à travers les personnages qui aident Chuong à se cacher et à manger.

Pour apprécier ce court roman, il ne faudra pas être regardant sur certains points, scientifiques par exemple : une planète habitable à cent heures de voyage de la Terre ? Ou tout le monde parle la même langue ? Conventions littéraires sans doute…

Si la personnalité du jeune Chuong n’est pas particulièrement fouillée, l’écriture est dynamique, le scénario quasi invraisemblable mais sympathique.


Mots-clés : dystopie

 

Reborn, Thierry Robberecht, Mijade (Zone J), mars 2013, 182 pages, 7€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 00:00

Sha.jpgLa jeune Chayma, douze ans, doit quitter son village tranquille pour rejoindre la ville d’Alzar. Elie, son plus petit frère est gravement malade et son père, bien que médecin, ne parvient pas à le soigner. Pour lui, il n’y a qu’un certain professeur Pavel qui le pourra. Il se trouve à Alzar mais lui-même ne peut s’y rendre car il l’a quittée précipitamment onze ans auparavant avec femme et enfant. Il y est toujours recherché.

Chayma ne sait pas pourquoi ses parents ont dû quitter la ville, ni pourquoi elle porte depuis toujours autour du coup un cordon et une pierre bleu Nuix. Et plutôt que des réponses, ce sont d’autres questions qu’elle va trouver à Azlar où sa pierre attire la convoitise de tous les gens qu’elle rencontre. Les premiers, des enfants livrés à eux-mêmes, voudraient la voler mais Chayma elle-même n’a jamais pu l’enlever. Déguisée en garçon et se faisant appeler Elie, la jeune fille tente de rencontrer le professeur Pavel mais elle ne connaît rien de cette ville froide, hostile et gigantesque.

Elle doit se méfier de ceux qui se disent bien vite ses amis et essaient de la piéger, mais elle doit aussi apprendre à faire confiance à d’autres qui souhaitent réellement l’aider. Maître Jacob par exemple qui possède un livre assez semblable à celui que sa mère lui a confié en partant « le Livre des Pierres » qui renferme une prophétie ; Dounia, une artiste qui semble lire dans ses pensées et bien sûr Douxyeux, une chienne sauvage féroce qu’elle apprivoise en un regard. Tous font de leur mieux pour l’aider, mais le chemin jusqu’au professeur est semé d’embûches et surtout, toute la ville est à sa recherche. Elle espère pouvoir trouver auprès de sa grand-mère paternelle une aide indispensable, elle qui fut l’épouse d’un grand savant qu’Azlan célèbre ouvertement.

La jeune Chayma n’a pas froid aux yeux, elle a du caractère et du courage, comme il se doit pour une héroïne. Ce qui emporte à mes yeux l’adhésion ici, en regard d’autres romans destinés à un même public, c’est que l’auteur échappe à la mièvrerie des sentiments. Chayma est robuste et fière, elle est aussi parfois inquiète et fragile, mais pas niaise. De plus l’univers est bien campé (pas furieusement original, mais le jeune lecteur ne le sait pas), cohérent, autour d’une intrigue qui va s’épaississant. Les personnages secondaires ont tous de l’épaisseur, avec une mention très bien à l’infâme grand-mère, une vraiment méchante, j’aime ça (surtout chez les grands-mères qui sont d’habitude de bonnes vieilles mamies à chignon et gâteaux).

Une lecture sympathique pour ce premier tome d’une série de science-fiction pour les plus jeunes lecteurs, autour de dix onze ans.

 

Pierre obscure – 1 : la traversée d’Alzar, Emma Sha, Scrinéo (Jeunesse), mars 2013, 324 pages, 16.90€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 00:00

Shusterman-1.jpgLors d’un accident de voiture, la voiture du père de Nick percute celle du père d’Allie : les deux jeunes adolescents meurent sur le coup et tombent en même temps dans « un tunnel vertigineux » qui les aspire vers une lumière. Jusqu’à ce qu’ils se cognent l’un l’autre et se réveillent dans un endroit étrange. C’est l’éternéant, un lieu pour les enfants qui ont raté leur sortie. Ils y rencontrent un jeune garçon, qu’Allie baptise Root, qui vit dans la forêt luxuriance dans laquelle ils se sont réveillés depuis très longtemps, même s’il garde l’apparence qu’il avait à sa mort. Allie n’étant pas du genre à rester sur place, les voilà partis tous trois. Ils arrivent au clan de Mary qui « vit » avec de nombreux enfants dans l’image rémanente et éternelle des Twin Towers. La douce et patiente Mary fait figure de reine parmi les enfants qui l’entourent et l’adorent. Elle a écrit de nombreux livres à succès traitant de la vie dans l’éternéant. Son petit royaume est un havre pour ses pensionnaires qui n’ont rien à y craindre, pas plus le Hanteur que le légendaire McGill qui vient prendre les enfants.

Nick et Root s’y plaisent mais Allie soupçonne quelque chose de pas naturel : en les observant bien, elle constate que les enfants font toujours la même chose, que chaque journée est semblable à la précédente : ils s’enferment dans une routine rassurante, s’y engluent jusqu’à ne plus faire autre chose. Allie s’en prend à Mary, conteste son autorité puis décide d’aller voir ailleurs et tombe sur le Hanteur qui fait prisonniers Nick et Root.

D’aventure en aventure, l’autorité de la reine Mary va se trouver compromise et le McGill affrontera adversaire à sa taille en la personne d’Allie l’intrépide. Beaucoup d’action donc pour un roman, premier tome d’une trilogie, qui traite du thème assez délicat de la vie après la mort. Difficile d’échapper à la lumière au bout du tunnel, mais Neal Shusterman crée un entremonde  cohérent, mais si parfois il aurait pu être un peu plus sombre et inquiétant pour gagner en profondeur. L’auteur se focalise plus sur les personnages qui évoluent, se complexifient. Il aurait été facile de faire de Mary une fausse gentille et une vraie despote, et du McGill un capitaine Crochet, c’est heureusement plus complexe que ça.

Ce roman pourrait se suffire à lui-même mais c’est le premier tome d’une trilogie, « La trilogie des Illumières » du nom des habitants de cet entremonde.

Mots-clés : mondes parallèles

 

La Trilogie des Illumières – 1 : l’éternéant (Everlost, 2006), Neal Shusterman traduit de l’anglais par Alexandre Boldrini et Anne-Judith Descombey, Le Masque (MsK), janvier 2012, 308 pages, 17€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 00:00

Bousquet-2.jpegOn retrouve Cléo là où on l’avait laissée à la fin de Nuit tatouée : blessée, elle est recueillie par Axel et soignée à la Tour de l’Horloge, dans le fief des Chimères. Sa présence ne va pas sans poser de problèmes car pour ces créatures hybrides elle est une Mens, un être humain donc une ennemie. La vérité est pourtant plus complexe. Cléo est la sœur jumelle de Lyn, reconnue comme Chimère puisqu’elle porte des ailes, et vivant avec elles. Mais Cléo n’en a pas, seuls son tatouage et sa ressemblance la lient à la jeune femme-oiseau. Or depuis le Cataclysme, Mens et Chimères se font la guerre. Il n’est pourtant pas question pour Cléo de retourner parmi les maraudeurs de son clan humain, d’autant moins lorsqu’après avoir rencontré le triton qui a dessiné son tatouage et celui de sa sœur, elle comprend que Marcus, son père adoptif, est à l’origine de la mort de ses parents, Junie et Jaz.

A l’intrigue identitaire, se mêle l’intrigue amoureuse bien plus développée que dans le premier tome. Cléo se rend compte de l’intensité de son amour pour le ténébreux et indifférent Axel, et on n’échappe pas aux caresses enfiévrées et au torse tiède… Cléo blessée est clouée au lit, elle a le temps de fantasmer. Elle a heureusement d’autres préoccupations qui diversifient l’intrigue, au premier rang desquelles sa sœur adoptive laissée derrière elle sans un adieu. Elle décide, une fois guérie, d’aller lui parler une dernière fois, pour s’expliquer. Mal lui en prend.

Cléo manifeste plus que jamais son goût pour le théâtre : dans cet univers dévasté, Cyrano est son mentor, Shakespeare son guide et Phèdre son miroir. Elle trouve dans ces textes la force d’aller de l’avant, de ne pas se soumettre et de prendre sa vie en main. Il n’est pas si fréquent de croiser une héroïne aux goûts littéraires affirmés. Il est clair qu’ici, la littérature dont il ne reste plus grand-chose, aide à se construire. Ceci dit, il est curieux qu’un grand garçon comme Axel lise « La Guerre des clans », série féline et multi cycle qui plaisait tant à mon fils quand il avait douze ans… Les lectures de Cléo sont bien plus classiques et adultes.

Charlotte Bousquet n’évite pas quelques clichés romantiques, sa jeune héroïne s’éveillant à l’amour et à une sexualité épanouie. Mais dans ce monde terriblement hostile, l’aventure ne tourne pas à la bluette. C’est la tragédie qui guette les amants puisqu’aux yeux du monde, ils ne sont pas de même nature, l’un chimère, l’autre pas. Cléo est pourtant née d’une femme et d’un homme-chimère, amours condamnées par les hommes. Les deux jeunes gens sont maudits eux aussi.

L’amour, la jalousie, l’intolérance : autant de thèmes forts mis en scène ici dans un univers post apocalyptique original. Je continue la série (malgré les couvertures hideuses, particulièrement celle-ci).

Mots-clés : post apocalyptique

 

De Charlotte Bousquet sur ce blog : Nuit tatouée  

 

La Peau des rêves – 2 : nuit brûlée, Charlotte Bousquet, L’Archipel (Galapagos), février 2012, 288 pages, 15.50€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Lundi 14 janvier 2013 1 14 /01 /Jan /2013 00:00

Ness.jpg

Conor, jeune adolescent, vit seul avec sa mère. Au début, personne ne savait, puis petit à petit, ça s’est su : la mère de Conor est atteinte d’un cancer. Depuis que tout le collège est au courant, sa vie n’est plus la même, les gens le regardent différemment, avec cette compassion qui l’étouffe. On lui pardonne tout, on le comprend, parait-il. Il n’y a bien qu’Harry et sa bande pour lui chercher des noises, pour le frapper même, ce dont il ne se défend pas, car c’est peut-être la seule façon pour lui d’être comme les autres.

Conor ne doute pas de la parole de sa mère : elle lui a dit, elle lui a promis qu’elle allait guérir. Le dernier traitement en date ne marche pas, comme les autres, mais elle va en essayer un autre et ça ira mieux. En attendant, elle doit passer quelques temps à l’hôpital et Conor doit aller vivre chez sa grand-mère, qu’il n’apprécie pas du tout.

Dans sa solitude, Conor s’accroche au monstre, celui qui apparaît juste après minuit : c’est l’if du jardin qui s’anime et vient lui parler, lui raconter des histoires de sorcières, de princesses, de morts et d’injustice. Rêve-t-il ? Il y a pourtant des aiguilles et des baies par terre au petit matin… Et il y a ce rêve qui le hante, celui où il tient des mains, au-dessus d’un gouffre, des mains qui glissent lentement et qu’il finit par lâcher.

C’est un très beau texte que nous offre là Patrick Ness, sur une idée originale de Siobhan Down, décédée d’un cancer avant de pouvoir la concrétiser. Je n’ai lu qu’un roman de Siobhan Down, Sans un cri, et malgré la misère irlandaise décrite, j’avais apprécié qu’elle le fasse sans misérabilisme ni pathos. Patrick Ness suit la même voie dans ce roman pourtant terriblement poignant. Il se focalise sur le jeune Conor, égoïste dans sa souffrance et qui inconsciemment décide de ne pas voir la gravité de l’état de sa mère.

Parce qu’il est question d’adolescence, de douleur et d’instincts enfermés, et parce que ce roman est illustré (par Jim Kay), « Quelques minutes après minuit » est à rapprocher du roman graphique de David Almond et Dave McKean, Le Sauvage : même rage, même souffrance intérieure magnifiées par le dessin et traversées d’une sorte de naïveté matérialisée dans le rêve.

Quelques-minutes-apres-minuit.jpg

Une réussite tant au niveau du texte que des fines et sombres illustrations. Par contre, c’est un livre qu’il me semble difficile de conseiller…

 

Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, 2011), Patrick Ness traduit de l’anglais par Bruno Krebs, Gallimard Jeunesse, mars 2012, 214 pages, 18€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 11:30

Faragorn.gifUn jour, le jeune Lunerr prononce le mot interdit : « Ailleurs ». Il est aussitôt physiquement châtié, renvoyé de l’école, puis sa mère perd ses différents postes de femme de ménage. Ils se retrouvent sans rien, dans la misère et ostracisés, par la faute de Lunerr, à cause d’un moment d’égarement. C’est qu’à Keraël (la cité des aëls, autrement dits, les anges), il n’y a pas d’ailleurs, tout comme il n’y a ni eau ni arbre, juste des pierres et du sable. C’est ce que les drouiz enseignent à tous depuis toujours, ou au moins depuis longtemps.

Contre toute attente, c’est l’énigmatique Ken Werzh qui vient en aide à la veuve et l’orphelin de père en proposant un travail à la mère de Lunerr. Ken Werzh, l’homme le plus riche de Keraël et non moins mystérieux. Le jeune homme devient son apprenti, il recopie pour lui des textes et lui fait la lecture car le maître est aveugle.

Roman d’initiation, roman sur la transmission du savoir, sur l’indignation légitime face à un pouvoir oppressif. L’univers créé est original, entre fantasy au départ et post apocalyptique au final. Le lecteur est saisi d’un sentiment d’étrangeté, voire de malaise, à l’instar de Lunerr qui s’interroge sur son nouveau mentor : est-il totalement fou ? Est-il seulement humain ?

« Lunerr » ne s’inscrit pas dans un registre échevelé : le style un peu vieillot affadit la lecture même si l’auteur introduit une touche d’humour à travers le personnage de Mourf le pitwak, étrange petit animal de compagnie dépourvu de bonnes manières. C’est ce personnage secondaire qui donne du relief au héros très conventionnel et sans surprise.

La fin appelle une suite, vers l’Ailleurs, qui ne pourra que concrétiser les pistes ouvertes dans ce roman qui vaut par l’univers original mis en place. Le livre n’est pas épais, sans quoi le jeune lecteur pourrait se lasser d’une narration sans relief. C’est plus par les réflexions qu’il engendre que ce livre retiendra l'attention.

Le site du livre 

 

Mots-clés : post apocalyptique 

 

Lunerr, Frédéric Faragorn, L’Ecole des Loisirs, novembre 2012, 189 pages, 14.20€

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Romans Jeunesse
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