Lundi 14 janvier 2013
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Conor, jeune adolescent, vit seul avec sa mère. Au début, personne ne
savait, puis petit à petit, ça s’est su : la mère de Conor est atteinte d’un cancer. Depuis que tout le collège est au courant, sa vie n’est plus la même, les gens le regardent différemment,
avec cette compassion qui l’étouffe. On lui pardonne tout, on le comprend, parait-il. Il n’y a bien qu’Harry et sa bande pour lui chercher des noises, pour le frapper même, ce dont il ne se
défend pas, car c’est peut-être la seule façon pour lui d’être comme les autres.
Conor ne doute pas de la parole de sa mère : elle lui a dit, elle
lui a promis qu’elle allait guérir. Le dernier traitement en date ne marche pas, comme les autres, mais elle va en essayer un autre et ça ira mieux. En attendant, elle doit passer quelques temps
à l’hôpital et Conor doit aller vivre chez sa grand-mère, qu’il n’apprécie pas du tout.
Dans sa solitude, Conor s’accroche au monstre, celui qui apparaît juste
après minuit : c’est l’if du jardin qui s’anime et vient lui parler, lui raconter des histoires de sorcières, de princesses, de morts et d’injustice. Rêve-t-il ? Il y a pourtant des
aiguilles et des baies par terre au petit matin… Et il y a ce rêve qui le hante, celui où il tient des mains, au-dessus d’un gouffre, des mains qui glissent lentement et qu’il finit par
lâcher.
C’est un très beau texte que nous offre là Patrick Ness, sur une idée
originale de Siobhan Down, décédée d’un cancer avant de pouvoir la concrétiser. Je n’ai lu qu’un roman de Siobhan Down, Sans un cri, et malgré la misère irlandaise décrite, j’avais apprécié qu’elle le fasse sans misérabilisme ni pathos. Patrick Ness suit la même voie dans ce roman pourtant
terriblement poignant. Il se focalise sur le jeune Conor, égoïste dans sa souffrance et qui inconsciemment décide de ne pas voir la gravité de l’état de sa mère.
Parce qu’il est question d’adolescence, de douleur et d’instincts
enfermés, et parce que ce roman est illustré (par Jim Kay), « Quelques minutes après minuit » est à rapprocher du roman graphique de David Almond et Dave McKean, Le Sauvage : même rage, même souffrance intérieure magnifiées par le dessin et traversées
d’une sorte de naïveté matérialisée dans le rêve.
Une réussite tant au niveau du texte que des fines et sombres
illustrations. Par contre, c’est un livre qu’il me semble difficile de conseiller…
Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, 2011), Patrick Ness traduit de l’anglais par Bruno Krebs, Gallimard
Jeunesse, mars 2012, 214 pages, 18€